Bang bang.

La culture, cela a beau en défriser certains, est un produit commercial, qu’il convient de vendre en usant de tous les artifices à disposition.
Au cinéma, si l’on met de côté le plan marketing les press junket et autres interview, l’argument majeur qui poussera ou non dans les salles obscures est la bande-annonce.
Laquelle relève parfois du tour de passe-passe tant certaines parviennent à vous persuader de la qualité d’un métrage médiocre et vice versa.
Exemples illustrant ma théorie, « Cars », dont le teaser donnait envie de fuir en voiture très loin, mais qui s’est révélé un petit bijou terriblement attachant, et dernièrement donc « Gran Torino », qui m’avait collé de sueurs froides.
Remarquez le point commun entre les deux métrages, les voitures, ce qui m’amène à « Speed Racer », dont la BA a fait hurler tout le monde sauf moi, enfin si, de désespoir que personne ne veuille m’y accompagner. Mais passons sur ce regret éternel, contournons la loi Hadopi et parlons donc d’autre chose, plutôt que de retourner le couteau dans la plaie.

Alors « Gran Torino », donc, œuvre intense en même temps que leçon de cinéma, menée par Clint Eastwood rejouant sa filmo sur un constat désenchanté non sans rappeler « No Country for Old Man » tant sur le fond que sur la forme, mais avec un talent différent.

L’Amérique de Walter Kowalsky n’est en fin de compte pas si éloignée que cela de celle des pionniers. Dans des villes champignons vivent dos à dos la quasi-totalité des ethnies de la planète, poussées par l’espoir ou les circonstances à se trouver coincée sur ce bout de terre agitant du rêve sous leur nez sans jamais le vendre.
De cette dynamique d’intégration ratée pour causes de méfiances, de désenchantement et d’incompréhension mutuelle, nait une tension proche de celle qui fait l’âme des westerns, et l’idée que la gangrène qui ronge cet univers de banlieue remonte aux origines et a encore de beaux jours devant elle.

Au sein de ce tableau que Walter se plait à contempler figé et qu’il voudrait conserver comme tel, les figures de Sue et Toa, ses voisins laotiens, apparaissent comme des êtres égarés dans l’organisation rigide mais aberrante de ce petit monde, s’opposant en douceur aux codes et aux clichés jusqu’à convaincre Kowalsky qu’une forme de rédemption est possible.

Non sans rappeler les héros écorchés de « Mémoires de nos Pères » Walter est un vétéran dissimulant derrière la fierté d’avoir fait ses armes en Corée, les traumatismes et les remords d’un vieux soldat fatigué et quelque part terrifié par l’autre au point de s’enfermer dans une routine abrutissante lui apportant les repaires dont il a besoin pour continuer à vivre et à se reconnaître.

Du vieux con va peu à peu émerger un héros fatigué sur le chemin d’une certaine rédemption, en forme d’abandon des peurs grâce au contact de deux enfants capables, contrairement à la majorité des personnages du film, d’individualité.

De ce portait attachant et fascinant à l’étude concise et incisive de la société américaine, Eastwood déploie son talent remarquable à travers une mise en scène d’une efficacité redoutable confinant à l’archétype tant elle sait se faire essentiel en se laissant oublier.
Si l’on parle d’Eastwood comme du dernier réalisateur classique, ce n’est pas un hasard, et « Gran Torino » ferait pour le coup presque office de maître étalon dans le fond comme dans la forme, pour étudier un certain grand cinéma américain.

Par le biais de la figure au départ indéfendable du vieux raciste agressif, on se laisse mener sur une route d’illusions blessées où l’espoir demeure dans la puissance des liens unissant des êtres que tout oppose et dont l’entente, la compréhension, et les engagements forcent le respect bien plus que ne sauraient jamais le faire les liens du sang, semblant impliquer un du pour ceux qui les partagent.

Note : ****

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