« Ne me traite pas de débile ! »

Eh bien, mon bon Fitz, çà va être mission impossible de ne pas t’accabler une fois encore à cause de ta bêtise crasse. Non, je sais, ce n’est pas vraiment ta faute. Tu es né comme cela, tu étais jeune… Sauf que tu as grandi, pris 15 ans dans les dents, des coups qui en auraient tué plus d’un et te voilà toujours présent, toujours aussi naïf, toujours aussi lent à la détente, toujours aussi doué avec les femmes, toujours aussi toi, en somme.
C’était sympa de te retrouver vraiment, parce que je me suis attachée à toi. Mais tu manquais d’ambition, crétin d’abruti. D’ambition et de clairvoyance, espèce de Loinvoyant au rabais.
Mais encore une fois, ce n’est pas entièrement de ta faute, car tu es tel que l’on t’a fait. Et tu ne pouvais te transcender sans l’accord de ta créatrice.
Or Robin Hobb a tout simplement salopé le travail. Fait de toi ce que tu pouvais devenir de pire. Détruit le travail accompli à la fin de la guerre des Pirates Rouges. Interdit le plus petit espoir de te voir enfin faire quelque chose d’un peu dingue, d’un peu grand.

Pauvre, pauvre Fitz.

Bien, le ton étant donné, inutile de cacher plus longtemps ma déception après la lecture du dernier cycle de « L’Assassin Royal ». Si je voulais donner des circonstances atténuantes à Robin Hobb, je me rabattrais lâchement sur le fait que ce « Prophète Blanc », dernière étape du triptyque, était une œuvre de commande, et que Hobb s’est vue aussi bien poussée par ses fans que ses éditeurs pour produire cette suite aux aventures de Fitz et du Fou, et d’apporter une conclusion aux points de suspension des « Aventuriers de la Mer ».

De ce point de vue, rien à dire. Robin Hobb est une conteuse de génie. Pas une seconde d’ennui à la lecture de cette aventure passionnante et riche, des murs gris de Castelcerf aux glaces d’Aslevjal où dort le dragon Glasfeu. Pas non plus de regrets lorsque vient le temps de retrouver les figures familières de la trilogie des Loinvoyants, dans une galerie toujours dominée par l’impériale figure de Kettricken, décidément souveraine formidable.

L’introduction des conflits internes aux Six Duchés, incarnés par les tensions entre vifiers et le long travail pour les faire accepter par les autres sujets des Loinvoyants, ainsi que la présentation de la culture outrilienne, dont autant de curiosités qui ravissent d’autant plus que les pistes sont exploitées avec finesse, complétude et font office de ressors scénaristiques astucieux.

Quant aux incursions des « Aventuriers de la Mer », elles interviennent comme autant d’éléments perturbateurs et éclairants d’une mythologie désormais solide et cohérente, où l’on prend plaisir à évaluer les rôles des pions humains que l’on a suivi jusqu’au bout de leurs destins.

Vous qui venez de lire ces lignes vous demandez sans doute ce qui peut bien justifier, dans ces conditions, une dent si dure envers ces derniers tomes. Pour le comprendre, il faut être parvenu aux derniers chapitres, honteuse trahison à l’univers, au ton, aux personnages que Robin Hobb a si bien créés et qu’elle détruit d’un revers de plume suintant l’eau bénite.
Je m’explique.
J’aurais déjà du me méfier dès le premier tome, lors du « jetage » d’Astérie par un Fitz métamorphosé en père la morale pas crédible pour deux sous.
Ensuite, j’ai un peu, je le confesse, considéré cette première alarme comme un non évènement.

Puis, il y a eu dans l’avant dernier tome, le retour de Burrich, évènement si capillotracté que même un enfant de 5 ans trouverait cela trop gros et trop mièvre. Puis le sort du Fou, dont Robin Hobb n’arrivait visiblement pas à se séparer, au point de nous offrir un come back délirant que l’on pardonnerait presque si… Sauf que non, quand même, ces choses là ne sont pas reconnues par l’Eglise méthodiste.
Résultat, après un rafistolage fracassant et une parenthèse pleine de sens, Hobb se débarrasse de son prophète, histoire de terminer la vie bien rangée d’américain moyen de Fitz dans un festival digne d’une fête du patchwork dans le Middle West.

A la fin douce amère de la trilogie des Loinvoyants, succède un happy end déplorable pour cette clôture de cycle dont la cerise sur le gâteau reste tout de même ce que Robin Hobb parvient à faire d’Astérie, dont l’attitude est une trahison, un crime de lèse majesté à l’encontre de cette femme libre transformée en ménagère de moins de cinquante ans…

Après le final des « Aventuriers… » qui nous avait écorché Malta, voilà donc Astérie à son tour détruite par une morale et une bien pensance qui certes, c’est toujours ressentie chez Robin Hobb (dans son univers, on voit la place réservée aux bâtards), mais qui lorsqu’elle prend les commandes, s’applique à démolir au burin les codes d’un univers qui n’avait en aucun cas besoin de cela.

Heureusement, d’après ce que l’on en sait Althéa n’a pas changé d’un pouce. Tant mieux.

Mais le Fou, quoi…. Merde…

Note : ** (ah bah oui… C’est pas que je voulais un « Farseer Mountain », mais s’eut été cohérent. Et ambitieux. Et fort. Même si je n’ai rien contre Molly.

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Parce que le sevrage du Net, ça se fait à doses progressives, et que ça fait longtemps qu’il fallait que je réponde à ce billet.

    Je ne me rappelle plus en détail de ce qui se passe, mais la fin sirupeuse, le Fitz qui retrouve Molly en fin nounouille et Astérie…hmm pas crédible du tout, OUI. Et comme toi, je trouve ça dommage.

    Bon, par contre moi Molly, hmm…un peu ras les pattes. A cause de Fitz en fait. Fitz et Bien aimé ? Je le voyais bien seul aussi le Fitz, en tout cas pas caser avec Molly et à s’occuper de sa ribambelle d’enfants.
    Dans mon souvenir, j’ai quand même bien aimé la trilogie, même si les gamins, Devoir et l’aut’ fils de Burrich, et encore l’autre là, bah je les trouvais bien insupportables.

    HS : L’histoire est une matière formidable, c’est la seule matière où tu peux dire que tu as oublié des éléments alors que tu fais 17 pages…(Main en compote… après les 6h, et j’ai du torcher la fin ! M’enfin quantité, pas gage de qualité :/ ). Je me demande comment vous faites à l’agreg avec vos épreuves.
    Heureusement, pour les autres matières, pas besoin d’écrire autant.

  2. Ben ouais, une fin décevante, on se croirait dans « Petite Maison dans la prairie », avec Molly Ingalls : « Je vais vous servir une bonne orangeade avec ma tarte à la canneberge ! »… Au secours…

    Nous balancer des dragons à la figure et terminer sur cette visions sirupeuse du petit couple dans son manoir (ouais, histoire que çà en jette un peu… Rêve américain, quand tu nous tiens) avec tout un tas d’enfants…Et puis quoi encore ?

    Le Fitz, je l’aurais mieux vu boire le calice Loinvoyant jusqu’à la lie. Remplacer Umbre. Conseiller Devoir et Kettricken en assumant son rôle de souverain. Pas en train de manger des tartes aux pommes.

    HS : Alors ? Quel sujet ? Si çà peut te consoler, c’était le CAPES d’histoire aujourd’hui, et le jury a décidé de remettre la même période que l’année dernière, qui plus est, une nouvelle question (or, traditionnellement, les nouvelles questions ne tombent JAMAIS).

    Y’a eu de la grosse casse, comme une amie pourtant formée à l’IUFM qui a rendu copie blanche… Toubib lui même me la joue sous-marin depuis, sans doute traumatisé par le sujet…

    Il faut croire que cette année, ils ont décidé de se payer les candidats en écrémant un maximum. C’est vrai qu’il y a encore moins de place que l’année dernière…

  3. Oui, dans la suite de Umbre ça aurait été logique.

    On a eu Etre républicain en France de 1848 – 1958. Je me plains pas, ça aurait pu être pire, elle a failli nous mettre Les élites, et j’avais pas assez de connaissances la dessus.
    C’était quoi votre sujet ? (Et le peu de place en histoire, ça m’explique enfin pourquoi entrer en histoire à l’ENS LSH, qui recrute par quota, c’est bien plus dur. Forcément si après, y’a pas de place…). Et l’épreuve dure combien de temps ?

  4. « Les minorités religieuses et la défense de leur foi en Europe, du début du XVIe siècle au milieu du XVIIe siècle. »

    Rien de bien méchant en soit, enfin, si tu avais révisé la période qui de devait logiquement pas tomber…Je rapelle que la légende veut que les sujets du capes et de l’agreg soient tirés au sort. Or, tous les ans, le tirage au sort désigne sur les quatre questions, une des deux au programme depuis deux ans.
    Sauf cas contraire une fois tous les dix ans.
    Je ne suis pas douée en statistiques, mais si il y avait vraiment tirage au sort, on tomberait sur des nouveaux sujets plus souvent….

    L’épreuve dure en tout 6 heures. Idem en géographie, mais avec une carte à faire en plus. Exercice difficile qui plus est. Aujourd’hui, les façades littorales en Russie.

  5. Oui, je compatis pour la géo…Ma carte du monde d’aujourd’hui ressemble à rien (Santé, environnement et développement)…
    Nous, on a que 5h en géo (trop peu…, pas fini).

    En fait, faut être maso pour passer les épreuves d’histoire et de géo 😛 (et d’être historiens-géographes : chez nous, ils passent deux épreuves écrites au lieu d’une. Commentaire en histoire et cartographie…).
    Pour la période personnellement, j’aurais rien eu à dire (mais jamais fait cours la dessus). Tiens, d’ailleurs nos spé hist-géo, ils ont les protestants en France seulement je crois par contre. Mais, je pense que y’a pas de lien.

  6. Si si, je pense qu’il y a un lien au contraire, puisque le sujet de moderne de cette année au capes porte sur les réformes religieuses en Europe aux XVIème et XVIIème.
    Les profs ne sont pas fous, ils ont grâce aux concours des tonnes de livres et de synthèses désormais à disposition, quand ils ne sont pas eux même sollicités pour écrire les dit bouquins. Autant faire d’une pierre deux coups.

  7. Oui, faut bien qu’ils gagnent leur vie 😛

    Bon courage pour le reste de tes épreuves si tu en as encore. (Tu repasses l’agreg cette année ?)
    Et d’ailleurs vous êtes obligés de passer le CAPES ? Si certains veulent pas être prof, ils peuvent pas faire autre chose ?

  8. Ah non non non, je ne passe pas le capes cette année, l’agreg encore moins. Un an, çà m’a suffit. Mode de recrutement aberrant, système injuste, je n’ai pas envie de me tuer à le repasser encore et encore tout çà parce qu’il faut entrer dans les cadres d’un stéréotype d’étudiant précis apte à fournir soit disant du bon prof…

    Non non non. Terminé.
    Alors non, on est pas obligé de passer le capes pour enseigner.
    Si tu as un doctorat, tu peux devenir maître de conférence, statut qui s’obtient via un concours soumis en partie à la règle du piston.
    Mais une fois que tu as ce concours, tu peux postuler aux deux ou trois propositions de poste par an en France.
    Là, ton dossier est sélectionné par les fac en fonction de ton expérience d’enseignement, et des concours que tu as eu. Un docteur titulaire du capes n’étant pas prioritaire face à un agrégé, bien entendu…

    Donc, oui, il faut au final TOUJOURS en repasser par le capes et l’agreg…

    Enfin, avec un peu de chance, le capes va disparaitre au profit d’un master pro recrutant à bac +5, ce qui forcera les étudiants à terminer leurs masters (et c’est pas forcement un mal).

    Donc la solution, c’est d’abandonner l’idée d’enseigner un jour, et de faire autre chose. Voilà pourquoi je m’oriente vers un master pro patrimoine l’année prochaine puisque de toute façon avec juste le doctorat, mon C.V. vaut peanuts…

  9. Juste un doctorat, c’est vrai que c’est rien 😛

    Sinon pour l’enseignement, oui, point de salut sans l’agreg apparemment. Tous nos profs de prépa en sont, et ils ont tous été marqué au vif par leur concours. Perso, le mot agreg, c’est le repoussoir pour l’ENS. Me dire que si je suis admise à l’ENS LSH, je n’aurai que ma 3e année pour souffler. Et qu’après, c’est à nouveau préparer un concours…Et plus dur encore…
    Heureusement qu’ils les payent !

    Bon ceci dit, sur mon admission à l’ENS, on peut tabler que je serai libre le 16 juin. Y’a déjà peu de chance que je passe les mailles du filet admissible, je vise juste ce qu’il faut pour avoir mon équivalence L2 dans la matière qui me plaît. (Et comme je suis folle, moi qui ne connaît pas tous mes départements, je choisis géo.)

    Tiens, d’ailleurs pour l’IRL, j’ai un moment pour souffler après les écrits fin avril, donc ça pourrait être à ce moment la, à voir parce que Graal va me taper sur les doigts, à force d’engloutir des polys de toute sorte, j’ai complètement oublié de quoi retourne l’histoire, mon perso, etc…
    Parce qu’aussi mes Dalmates me manquent, que les pubs dans le métro vantant la Croatie ça n’aide pas pour oublier, et donc que manque du pays oblige, je vais peut être me payer le luxe de sécher deux semaines pour aller en Croatie et de profiter d’un Split et Dubrovnik avec moins de touristes…
    Mais, ça risque de pas se faire si le billet avoisine les 300 euros.

  10. Yep à voir, a priori je suis libre à cette période, sur un week end çà pourrait aller.
    Reste à voir comme je vais m’en sortir question pognon puisque je pars en Dordogne au début du mois d’avril.

    On va y arriver, je ne désespère pas !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *