« La vie, c’est comme une chanson de Rammstein. »

En bonne fille, je suis une victime de la mode. Et en bonne victime de la mode, je décide de me plier au dictat actuel, à savoir qu’il est grand temps de raconter des choses pour de rien dire.
Tendance lourde au cinéma, le brassage de néant pourrait presque m’amuser (« ouais, mais le néant, c’est la substantifique moëlle du cinéma français, alors faut pas s’inquiéter, hein… »), s’il n’avait pas atteint l’autre côté de l’Atlantique et la petite personne de David Fincher.
Après m’être farcie le rien de « King Guillaume » (mais je devais déjà couver mon angine, alors je m’excuse. En plus, j’avais pas vu la B.A. ni lu les critiques. Ok, je l’avais bien cherché), avoir maté deux heures de vides devant « Ricky » (François Ozon ferait mieux de se filmer non stop pendant une heure trente. Cà donnerait au moins un truc intéressant à regarder), voilà que je me suis enquillée deux heures quarante cinq (en toutes lettres, çà fait tout de suite plus long) de Benjamin Button.

Notez la subtilité du sous-titre…

A l’avance, la perspective d’avoir Brad Pitt à portée de rétine sur une aussi longue période était sinon réjouissante, au moins agréable.
Seulement, très vite, au-delà de la performance d’acteur tout juste intéressante, s’installe une froideur s’accompagnant d’un formalisme lourdingue.

Assez rapidement, alors que l’idée de base de l’homme qui rajeunit au lieu de vieillir avait de quoi racler les fonds de tiroirs de la métaphysique, se retrouve t’on dans une biographie somme toute banale, tirant plus vers « Forrest Gump » que du côté où l’on était en droit d’attendre Fincher.

Dans « L’Etrange Cas de Benjamin Button », tout semble tourner au poncif, lesquels huilent sereinement la machine à Oscar en laquelle s’est transformé ce qui aurait pu être, sans l’ombre d’un doute, un grand film.
A coup de, « oh les gentils noirs qui acceptent tout de suite la différence du pauvre Benjamin », des « allons à la guerre Lieutenant Dan, euh, Capitaine je voulais dire, mais on va s’en sortir sans une égratignure, hein, rapport que c’est Hollywood, tout çà… », du « l’acceptation de soi, çà fait du bien dans le dedans de soi même », sans parler de la métaphore de l’ouragan Catherina emportant le passé avec la Nouvelle Orléans… On peut passer le temps du film à compter les futurs statuettes tomber…

Si l’histoire de Benjamin en sort franchement lourdingue, la narration se retrouve quant à elle plombée par le procédé « trop nostalgique qui fait pleurer tiavu ? » du flash back, dont l’utilité pourrait se résumer à la découverte par le scénariste d’une martingale pour étirer le métrage en longueur.
Comme si le pauvre avait besoin de cela…
Le grand moment de poilade du film, où Cate dit à Brad « Mais puisque je te dis que j’ai 43 ans ! » et qu’il répond « C’est quoi le numéro de ton chirurgien ». Parce que lifting+botox, sérieux, c’est le mal (et pas que pour Nicole Kidman…)

Car si les questionnements sur la particularité du héros vont vachement loin («-Cà fait quoi de rajeunir ? » -J’ai de l’acnée, lol») le film a également la particularité de tourner à vide sur ses héros.
Daisy est aussi fadasse que possible (« Regarde comme je danse bien ! Et hop ! ») quant à Benjamin, et bien il présente un intérêt proche du zéro. Je vous le dis, heureusement qu’il a le physique du Brad Pitt, lequel est totalement desservi par ce personnage lisse auquel il est impossible de d’attacher. Dans « Babel », film racoleur et facile s’il en est, il était mille fois mieux à son avantage. Cate Blanchett aussi d’ailleurs.

Reste à sauver de ce raté d’une beauté formelle indéniable, un travail limite flippant sur les effets spéciaux, ressuscitant pour quelques secondes le visage d’un jeune auto-stoppeur dans « Thelma et Louise », le temps d’une séquence admirable à tous points de vue.

Note : **

PS : j’aurais presque pu rajouter une étoile pour la scène avec le U-Boot. Et puis que je suis dit que je devais arrêter de faire une fixette sur les sous-marins…

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