Kate et Leo sont dans un bateau.

Traditionnellement, ce genre de phrase suppose que l’on doive en sacrifier un pour saveur l’autre. Il y a quelques années, j’aurais sauvé Kate, pour le bien du cinéma, tout çà.
Maintenant, je me débrouillerais pour empêcher les deux de se noyer. Rien que pour « Revolutionary Road » (traduit : « Les Noces Rebelles ». Même pas en rêve tu y crois)…

En son temps « Revolutionary Road » de Richard Yates, avait ébranlé le monde littéraire, et récolté les louanges de Tennessee Williams, gage de bonne qualité et de profondeur d’analyse en soit.
Entre les mains de Sam Mendes (« American Beauty », « Road to Perdition », « Jarhead »), l’ouvrage n’a rien d’autre à faire qu’à livrer sa substantifique moëlle, porté par une caméra discrète, et deux acteurs aussi intenses ensembles qu’ils l’étaient il y a plus de dix ans maintenant.

Incroyablement, le film se situe à mi-chemin entre « Titanic » et « American Beauty ». On retrouve ce couple mythique, à fort potentiel romantique et porté par le souffle épique des grandes catastrophes, dans un pavillon de banlieue. Monsieur travaille dans la pub, madame reste à la maison.
Illusions brisées, étouffement, les Wheeler se sont précipités tête baissée dans les modèles prémâchés d’une société américaine basée sur les faux semblants, les concessions à la liberté, et le culte des apparences.

De l’ennui profond de personnages pourtant promis une toute autre grandeur, nait un mélange de sentiments violents, entre haine, déception, passion, égoïsme, exacerbés par une urgence qu’ils ne parviennent jamais totalement à partager.

Je ne pensais pas possible d’aller plus loin dans cette introspection autour du couple et de la vie rangée des adultes qu’ « American Beauty ». Je dois m’incliner devant la perfection de « Revolutionary Road », utilisant au mieux le cadre étroit des années cinquante pour envelopper le présent d’un regard critique, juste et acéré, miroir à peine déformant du monde qui nous entoure.

Le constat est désolant : si le couple peut être considéré comme la cellule de base de notre société, alors celle-ci se construit donc à son image. « Revolutionary Road » dépeint cette réalité morne au travers de cette image filtrée de gris, de ces mouvements de foule à sens unique dans des décors bouchés, dont le bris par Di Caprio apporte un léger oxygène. Et les codes rigides des années 50 de n’être qu’un prétexte à décrire des réalités qui sont toujours de notre époque.

La société comme le couple nient l’individu au profit d’un tout englobant, minant les ambitions et les personnalités, jusqu’à une uniformité que certains trouveront rassurante, jusqu’à reproduire les modèles des parents, des amis, pour ne surtout pas être marginalisés.
Mais y a-t-il un accomplissement dans cette fusion ? Pour les Wheeler, la réponse est négative, mais le mal est fait. Leur installation en banlieue et le temps passé à végéter dans cette torpeur ont définitivement tué ce qui faisait leur force.
April se débat encore, pour sauver ce qui peut encore l’être par le rêve, mais Frank est lesté par un carcan social à l’intérieur duquel il se sent en sécurité, au contraire de sa femme, échouée dans son pavillon et bornée aux tâches ménagères.

La rencontre avec le fils légèrement psychotique de leur agent immobilier, totalement désinhibé dans sa parole par un traitement aux électrochocs permet l’expression orale de leurs désirs enfouis, et offre en bout de course un constat d’une brutalité saisissante, donc d’une justesse absolue.

Il y a onze ans, Kate Winslet était la meilleure des deux. Le temps a fait que Di Caprio lui arrive désormais largement au dessus de la cheville, jouant sur le fil d’émotions brutales et intenses, là où Kate maintient tout du long une tension dramatique servie par un jeu puissant.
Un Golden Globe pas volé, un Oscar qui ne sera pas de trop, mais encore rien pour Leonardo.

La vie c’est vraiment moche.

Note : ****(*) (parce que j’en ai reconnu des gens, dans ce film…)

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