Une volée de bois mort.

Autant vous prévenir tout de suite, çà va causer chef d’œuvre. Parce qu’il est temps de dire les choses comme elles sont, et que César aime bien qu’on lui rende ses petites affaires.

La saison 3 de « Deadwood » EST un chef d’œuvre.
Et je me demande bien pourquoi vous êtes encore là à me lire au lieu de courir vous procurer par tous les moyens possibles toutes les saisons actuellement disponibles.

Cela fait presque trois ans que Canal+ programma pour la première fois cette production HBO, surfant sur la vague de « Rome », filant ainsi le coton des séries historique de prestige.

Certes « Deadwood » est nettement moins prestigieuse que « Rome ». Des baraques en bois, une rue crasseuse, des kilos tonnes de décors prémâchés par tous les studios américains ayant un jour produit du western, peu de costumes…

Autant de pognon à investir dans une équipe de scénaristes et de réalisateurs habités par leur tâche, celle de revenir sur la naissance des Etats-Unis, au travers du prisme jamais aussi étroit que cela de la petite ville pionnière de Deadwood, perdue dans les montagnes aurifères des Black Hills.

La saison 1 avait été fabuleuse, immersion totalement réussie dans cette société à fleur de peau, ou règne la loi de la jungle, une Deadwood gangrénée autant que tiraillée par les ambitions de ses habitants, où se dessinaient des portraits acérés et nets des grandes figures de l’Ouest américain.

La seconde saison complexifiait les enjeux en agitant sous le nez de cette zone de non droit le spectre du ralliement à l’Etat, modifiant sensiblement les équilibres jusqu’à révéler les caractères de chacun.
L’irruption du poil à gratter (voire à arracher, en l’espèce) que représente le personnage de George Hearst dans la saison 3, va achever de mettre le feu aux poudres.



George Hearst.

Les pions patiemment mis en place pendant les deux premières saisons s’acharnent ainsi à faire leur travail, empruntant parfois des chemins inattendus.

Les antagonistes Bullock et Swearengen de la saison 1 se retrouvent alliés autant de circonstance que de conviction. Alma efface l’ardoise de Al pour protéger les siens. Trixie cherche le bon pied sur lequel danser.


Trixie (Paula Malcomson), personnage fictif.

La vaste galerie de personnages vient s’enrichir de nouveaux protagonistes, dont les rôles, s’ils restent encore à définir (Tante Lu, les comédiens), sont autant d’échappatoires aux querelles intestines du camp, ravagé par une tension aussi épaisse que la boue des rues.

Jane « Calamity » Cannary et Charlie Hutter.

Jane Cannary, aisément reconnaisable à la bouteille…

Deadwood n’a sans doute jamais était aussi pimpante et paradoxalement aussi sale. La ville champignon agrège le bien comme le mal, sans distinction, comme si elle n’était qu’un simple catalyseur d’humains prêts à tout pour sauvegarder ce qu’ils croient mériter.

Seth Bullock (Timothy Oliphant) et le Docteur Cocrane (Brad Dourif).

La moustache du vrai Seth Bullock.

Signe de temps qui changent, l’écriture de cette dernière saison se fait moins subtile, moins allusive que dans les précédentes, où la plupart des dialogues méritait une seconde écoute afin de bien en saisir la portée.

Les pressions que Hearst exerce sur le camp forcent à l’action et à la concision, rendant souvent les échanges lapidaires et essentiels. Seuls vestiges des jours anciens, les comédiens qui persistent à s’exprimer en détours sinueux, comme si les évènements ne les atteignaient pas, peut être parce qu’ils figurent les créateurs de la série en train d’assister impuissants au déroulement d’une histoire déjà écrite.

Eternel centre névralgique de la ville, le Gem (un saloon érigé au statut de personnage à part entière) affronte l’hôtel où s’installe Hearst, lequel se pose en nouveau maître du camp, dans un bras de fer à haute tension ajouté avec Al Swearengen. L’occasion de découvrir que le plus salopard n’est pas forcement celui que l’on croit.

Le Gem Theatre.

Le jeu des miroirs va jusqu’à ce que Hearst crée dans sa chambre un balcon artificiel, singeant ainsi l’observateur de Swearengen, les deux hommes passant ainsi le plus clair de leur temps à se défier de leurs balcons respectifs.

Al Swearengen (Ian Mac Shane).

Swearengen , au bar du Gem, troisième en partant de la droite.

Bâtie de la promesse d’un bain de sang, la saison 3 est une lente montée d’adrénaline, jalonnée de signes avant coureurs et sanglants, autant de sacrifices à offrir de part et d’autre pour tenter de baisser le prix à payer lors de la bataille finale. L’épisode « Palpitations » offre quelques unes des meilleures scènes en matière de tension et de danger suspendu. Du huis clos auquel « Deadwood » nous avait habitué, on bascule dans le western pur et dur, avec tout ce qu’il comporte d’arbitraire et de sauvage.

Alma Elsworth (Molly Parker), un des rares personnages fictifs.

Et cette tension intense de s’appuyer sur un casting de plus en plus convaincant, mené de main de seigneur par Ian Mac Shane, toujours aussi volcanique Al Swearengen, suivi sans l’ombre d’une concession par Timothy Oliphant, qui avec Seth Bullock, a sans doute trouvé le rôle de sa vie.

Seulement, voilà, HBO est une belle garce. Une saleté qui aprè avoir sabré « Rome« , décide d’en faire de même avec « Deadwood« , qui ne verra jamais réalisées les deux ultimes saisons originellement prévues.

Finalement annulée, la série aurait du se clore par deux téléfilms de prestiges censés achever les destins des héros, mais selon Ian Mac Shane et la confirmation par le silence de la chaine, il semblerait que la série s’achève bel et bien sur ce point du suspension.

Et pourtant…

La vérité, comme le dirait Al, c’est que c’est une putain de série et que je me demande ce que vous avez bien foutu de votre putain de temps libre si vous ne l’avez pas passé à la regarder. Merde, là.

Note : un putain de ****

PS : Non, sans rire. Haute, très haute qualité. Vraiment un must have seen…

PPS : J’allais presque oublier, mais “Deadwood” possède sans doute le meilleur générique de série à ce jour.

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. On dirait que seuls les personnages masculins ont le droit de cité, à te lire.
    C’est d’ailleurs une chose que je remarque chez toi : tu es vraiment critique en ce qui concerne tout personnage féminin, quel qu’il soit…

  2. Ah, non, pardon ! Je crois que j’ai mal interprété le sens de tes propos lorsque tu légendes tes photos en disant « personnages fictifs » !
    Je dois avoir l’esprit mal tourné…

  3. Il n’était pourtant pas si tard lorsque tu as lu ce billet ^^…

    Non, concernant les femmes de Deadwood, elles sont toutes formidables, mais n’occupent pas forcement le devant de la scène (sauf Alma, grâce à son argent). Par contre, sans elles, les hommes du camp seraient bien emmerdés (personne pour faire le café le matin, personne pour faire l’école aux enfants, personne pour enlever les bottes, personne pour consoler Al après une rude journée…..).
    Pas une synécure d’être une femme dans le Dakota….

    Et puis c’est pas vrai, je ne suis pas critique envers tous les personnages féminins ! Si tu fais référence à ce que j’ai écrit chez Llu sur le bouquin de Marek Halter, je m’explique : je trouve opportuniste de nous pondre des ressucés de la Bible vue par les femmes, comme s’il fallait à tout prix mettre de la gonzesse au premier plan pour légitimer je ne sais quoi, et nous coller du féminisme à toutes les sauces.
    Je considère le procédé inutile et racoleur, puisqu’il suffit de relire la Bible pour justement y trouver des héroïnes pur jus. Elles y sont nombreuses, et jamais aussi déconsidérées que l’on veut bien le dire. Il y a une marge énorme entre le texte et l’interprétation que des siècles de machisme en a fait…

  4. Ah, ça les curetons ! Qu’est-ce qu’ils l’ont interprété la Bible !
    Pas un pour ratrapper l’autre !
    Quoi, moi, anti-clérical ? Non, juste anti-Pape…

  5. Je veux pas dire, mais en ce moment, le pape, il fait fort.
    Pour un peu, il ferait peur aux Anglicans. Ils voulaient revenir dans le giron du Vatican, mais je pense qu’ils vont préférer fuir…
    Eh Jojo, quand on est Allemand et qu’on a passé un peu de temps dans les Jeunes Hitlériennes, et même si l’on n’a pas été, n’est, ne sera jamais nazi pour un sou, on évite de donner le baton pour se faire battre…
    Mais moi, je dis çà comme çà…

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