L’Art et la manière, ou comment être pris sur le Vif.

Il y a un excellent épisode de « Kaamelott » (pléonasme), où Perceval tente de faire dire à Arthur s’il l’aime, ou pas. Désemparé devant la crétinerie mais le manque d’affection sincère de son chevalier, le roi lui explique qu’il a beau vouloir à tout bout de champ lui décoller la tête des épaules, il l’aime bien quand même, voire plus que les autres.
Perceval utilise alors une analogie fine en la circonstance :
«-Les voisins de mes vieux ont un fils un peu attardé et c’est leur préféré. Vous et moi, c’est pareil ?
Euh… En quelque sorte… »

Et bien entre le lecteur de « L’Assassin Royal » et FitzChevalerie, héros le plus crétin du siècle après Elric, c’est exactement la même chose. Qu’il est bête ce Fitz…

Avant de tailler un costard à ce pauvre garçon, quelques présentations s’imposent. Fitz est dans le bâtard, comme son nom l’indique, du roi-servant (comprenez l’héritier du trône) Chevalerie. A l’âge de six ans, son grand père maternel décide de retourner le colis à l’envoyeur et de fiche le mioche dans les pattes de son prince de père. Dès lors, son éducation et son histoire vont se confondre avec celle des Six Duchés, sous les attaques des terribles Pirates Rouges, ennemi insaisissable venus des Îles d’Outremer.

Rien à voir, mais je trouve que çà colle si bien à Fitz. Comment çà je suis méchante ?

« L’Assassin Royal », œuvre fleuve en deux parties, est souvent à l’image de son héros, dont la naïveté imbibe les pages, jusqu’à parfois faire hurler de rage devant l’évidente interprétation de certains signes que Fitz est invariablement incapable de comprendre.
Robin Hobb contourne cependant la bêtise de son personnage principal grâce à une pléthore de figures secondaires, censées pallier à l’imbécillité du héros. De fait, c’est rapidement cette galerie de caractères bien trempés qui séduit, par sa puissance, ses interactions dans un univers cohérent et correctement exploité.
Les inserts de parenthèse d’histoires des Six Duchés en chaque début de chapitres renforcent ce sentiment de voir les héros évoluer dans un monde ancien et riche, auquel on s’attache peu à peu, malgré cet artifice évident.

L’effet principal consiste pour l’auteur à faire de son héros que l’on suit de l’enfance à l’âge adulte, le narrateur d’une histoire dans laquelle il semble condamner à se retrouver mêler à des intrigues toujours trop grosses pour lui, mais où son air d’abruti patenté lui vaut l’affection (ou la pitié ?) des quelques autres enclins à l’aider.
D’un drame à l’autre, Fitz glisse des intrigues de cour dignes des « Rois Maudits » aux quêtes épiques plus classiques en fantasy, sans qu’une once d’ennui ou de poncifs ne s’infiltre dans le plaisir tout simple de la lecture.

Malheureusement, sur les derniers volumes, une tendance un rien agaçante commence à pointer le bout de son nez, cette manie de ponctuer d’exclamations des phrases de narration, procédé faisant penser à un tome du « Club des Cinq » (ce qui du reste, sur « La Reine Solitaire », s’applique bien à la compagnie…) ou aux pires pages de « L’Epée de Vérité » (aucun lien, fils unique…Comprenne qui pourra…) et donne un semblant d’amateurisme à une écriture pourtant terriblement évocatrice, vivante, se passant aisément d’artifices.

Zone d’ombre à peine gênante au final, tant le récit vous emporte dès les premières pages. Sans nul doute, cette série s’avèrerait un excellent moyen de convertir un sceptique à la fantasy, tant les thèmes chers à celle-ci sont amenés avec douceur, et sans incongruité.

Même s’il y aurait matière à débat sur chaque personnage de cette aventure, je m’arrêterai là pour le moment, avec un dernier mot : soyez sympa, lisez-le…

Note : ****

PS : Kettricken présidente…

PPS : Je me l’étais promis, plus de billets spéciaux sur des séries de bouquins, c’est du boulot et bla et bla et bla… Et puis en même temps, il faut que je profite un peu avant de commencer les choses sérieuses dans une semaine. Et puis ils le valent bien en plus… Voilà, voilà, vous allez donc y avoir droit à ma série de billet consacrée à « L’Assassin Royal »…

PPSS : malgré le plaisir évident de la lecture, je persiste et signe, « Le Trône de Fer » est encore meilleur.

PPPSS : çà va mieux, Llu ? ^^ Et pardon pour les images qui dépassent, il faut vraiment que je me penche sur cette question de mise en forme très sérieusement…

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Pourquoi ne pas faire des critiques sur ce que tu as vraiment ? Juste pour le plaisir de critiquer, peut-être ? Méchante !!! ;-p
    Et pour filer ta métaphore, mon commentaire n’a aucun lien avec Karamazov…

  2. Je crois qu’il manque un mot dans ton commentaire, je crois que tu voulais dire « ce que tu as vraiment aimé/lu/compris » (rayer les mentions inutiles). Mais si, si et re si, j’ai aimé « L’Assassin Royal », la preuve, les 4 étoiles dans sa face au Fitz. Simplement, je ne trouve pas forcement constructif de tout porter au nues dès qu’un machin m’emballe. Toute oeuvre possède des défauts et les occulter ne rend service à personne. Je trouve que dans ce premier cycle de « L’Assassin… » sur la fin, il y a une véritable baisse de qualité question stylistique et cela m’a gêné, d’autant que le reste est vraiment brillant.

    Dans quelques temps, je critiquerai également « Les Aventuriers de la Mer » dont la richesse et la complexité sont pour l’instant nettement supérieures à « L’Assassin… » sans parler de la bible des personnages, mieux travaillée et plus subtile. Reste que je trouve certains partis pris de l’auteur discutable, que je ne me priverai pas de noter et qui ne m’empêcheront pas, sauf grosse baisse de régime sur la fin, de coller à cette série la note maximale parce que l’histoire a vraiment su me captiver (même si « Les Aventuriers » se méritent plus que « L’Assassin »).

    Seulement, il va falloir attendre un peu. Un petit souci est arrivé le week end dernier, en rentrant de chez moi. J’avais un tome des « Aventuriers » à finir et quatre heures pour se faire (je lis très lentement). Mais par précaution, j’avais aussi embarqué un tome relié des derniers romans de Jane Austen « pour plus tard, quand t’auras fini avec Robin Hobb et ce crétin de Fitz ». Ouais, çà c’était l’ambitieux projet… PArce que je n’avais pas acheté le tome suivant des « Aventuriers », honte à moi, je me suis retrouvée le bec dans l’eau à cause de      – Graal, bouche toi les yeux et ferme tes oreilles-    de la SNCF qui avait eu l’excellente idée de charger raz la gueule mon TER, tellement que au second arrêt (celui où j’étais censée monter) le train était blindé. Et quand je dis blindé, je veux dire avec des gens debout, assis dans les couloirs, des empilements de valises, et votre servante écrasée contre la porte. Résultat, 15mn d’attente à chaque embarquement passées à hurler sur les gens massés sur le quai que non, vraiment, ce n’était pas possible de monter dans ce train, lequel penchait tellement dans les virages que le conducteur a fini par nous faire savoir qu’il allait devoir réduire la vitesse, parce que çà craignait. Avec les contrôleurs qui râlaient en disant que c’était tout de même pas croyable de voir un train si chargé, ce qui a failli provoquer une crise d’asthme chez une grand-mère…

    -C’est bon là, Graal-

    Tout çà pour dire que faute de grive, j’ai commencé Jane Austen et que maintenant que j’y suis, j’y reste jusqu’à la fin de « Northanger Abbey ».

  3. J’attends de pouvoir corriger les images avant de mieux lire (désolée mais ça me pique terriblement les yeux :P).

    Je me contenterai de saluer ton titre de billet et le choix des images (même si j’adhère pas pour Fitz, elle conviendrait beaucoup mieux à un forgisé), surtout que je ne me souviens absolument plus (honte à moi) du style de ce premier cycle, je le relirai un jour et j’en ferai ma critique. C’est pas pour toute suite en tout cas…

    Vivement la suite (et vivement que j’arrange ces images) 😉

  4. Rien à voir, mais vraiment !
    En tant qu’historienne aguerrie, est ce que tu saurais où est ce que je pourrais trouver des illustrations de personnes de la classe moyenne (la période 1848-1948) ?

    Je comptais trouver un cadre ou un instituteur, une employée des PTT, un boutiquier. En somme quelque chose pour illustrer l’hétérogénéité du groupe. Alors si tu connais des sites remplis de documents, j’en t’en serais éternellement reconnaissante.

    Je poste ici parce que je sais qu’il y aura plus de chance que tu lises tes commentaires que tes mails 😛
    (Mais je supprimerai après ne t’inquiètes pas ^^)

  5. Mais si, je consulte mes mails régulièrement maintenant, puisque mon labo ne me lâche jamais, même pas le week end…

    Bref, concernant ta demande, pas trop d’idée comme çà qui me viennent, sur des sites internets. Mais en faisant une recherche Google affinée, çà devrait donner quelques bons résultats. Je sais pour avoir trainassé un peu dans ces coins là que les sites généalogiques peuvent être de bonnes mines de photo d’époque tapant toujours ou presque dans la classe moyenne.

    Désolée de ne pas pouvoir t’aider davantage. C’est pour quoi au juste ?

  6. Pour un dossier de colle sur les classes moyennes en France de 1848 – 1958, c’est pas très important, c’est juste pour illustrer les propos et rendre ça plus attractif.

    Je vais mieux fouiner, ou j’irai voir au cdi s’il n’y a pas de bouquins avec des illustrations.

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