Elisabeth II, le retour.

Et comme Shekar Khapur, faisons tous ensemble un grand saut dans le temps nous emmenant trente ans après la fin de « Elisabeth » dans un second volet biographique dispensable où Cate Blanchett n’a toujours pas la moindre ride…

Magie du cinéma ou magie vaudou, peu importe, le fait principal de « Elisabeth : l’Age d’Or » se situe plutôt au niveau de l’exiguïté scénaristique la plus totale. Mystère et boule de gomme entourent l’épineuse question de savoir comment un film à la matière si riche peut se bananer dans les grandes largeurs au point de ressembler à une resucée british du « Jeanne d’Arc » de Luc Besson (le film dont la dernière réplique était : « Vous ne m’avez pas crue, et bien vous m’aurez cuite ! »), lequel avait au moins le mérite de creuser un chouia la soupière.

Ici, on frise le néant au point de considérer le premier volet comme un modèle de biopic complet et ambitieux. C’est dire l’abime dans lequel tout le monde se vautre ici avec complaisance.

Certes, l’impériale Cate fait oublier son teint et sa ligne de sylphide pas crédible pour deux sous lorsque l’on incarne une reine Elisabeth vieillissante (mais là n’est pas le problème, souvenez vous de l’incroyable Alexandre campé par Colin Farrell, aussi ridicule à regarder que viscéralement habité par son personnage). Malheureusement, cela ne fait pas tout.

Bâti sur la même trame que le film précédent, « L’Age d’Or » affiche bien haut des ambitions jamais atteintes. De l’âge d’or, on ne voit rien à part les quarante douze robes de la reine et les somptueux palais. Sorti de cela, la renaissance anglaise sous le règne de cette dame de fer ne transparait nulle part, sauf la rapide évocation des futures colonies américaines, rapidement supplantées dans le scénario par un triangle amoureux idiot.
L’objet de celui-ci était sans doute de montrer que sous trois kilos de plâtre et dix sept rouleaux de soie, il sommeille un cœur de femme en Elisabeth Ière.
Ben dites donc… Quel scoop…
Sorti d’un très efficace monologue de Clive Owen sur l’exploration, l’intrigue sentimentale tourne rapidement à vide, quant elle ne s’avère pas un copié collé maladroit de celle du film précédent.

Autre temps fort du film, l’écheveau religieux se dénouant peu à peu, sous l’impulsion d’une Marie Stuart coiffé comme de Dracula de Coppola, l’accent qui va avec en prime (pas sûre que l’originale parlait comme un morutier dans le port d’Aberdeen…) dont les prétentions à la couronne ne sont jamais expliquées (avec çà, allez trouver une cohérence, vous…), manipulée par le grand méchant de l’histoire, le roi d’Espagne.

« VotRRe fidèle ami… M… »
Ici, une belle prise de risque de la part de Shekar Khapur rend tangible la gangrène rongeant l’Europe en ces temps troublés par l’aspect malsain de la cour espagnole, torturée jusqu’à la moelle par son désir de pureté et sa croisade aussi aberrante que les raisons en sont floues.

Et oui, dommage, mille fois dommage que ce travail d’ambiance se trouve dynamité dès le commencement par l’absence de mise en abime pour le spectateur, trouvant sans doute un peu fort de café l’acharnement de ce crétin de roi contre cette pauvre Elisabeth que sa cousine Marie faisait rien que d’embêter d’abord.
Laquelle Elisabeth, non sans avoir dit partout qu’elle avait fait de l’Angleterre un royaume dont son père aurait été fier se retrouve comme une gourde sans le moindre petit esquif pour bloquer l’avancée de l’Invincible Armada.

Laquelle est prétexte à de superbes scènes synthétiques un peu gâchées par les plans sur les ponts des bateaux, authentiquement filmés en studios avec des éclairages plus vrai que de l’artificiel…

Pour la reine, l’histoire offrit une résolution à cette catastrophe en puissance si incroyable et si belle qu’aucun scénariste n’aurait pu l’imaginer. Pour « L’Age d’Or », Shekar Khapur tourne la réalité en ridicule si capilotracté que l’on se prend presque à penser : « ils ont abusé du deus ex machina les scénaristes ».
A ce niveau de ratage, on se dit que l’on a affaire à des gens forts. Très forts.

Car offrir une tempête salvatrice après les scènes suivantes…

Conseiller 1 : « Ma reine, c’est affreux, les Espagnols débarquent avec des bateaux, tellement qu’on peut marcher de Bilbao à Brighton sans se mouiller les pieds !
Elisabeth : Ah, les lâches… Allez me chercher ma flotte !
Conseiller 2 : C’est que, majesté, on n’en a pas. Tout le budget SFX est passé dans l’Armada.
Elisabeth : alors sellez-moi mon cheval ! On va envoyer des troupes, là, là, et puis là ! En avant !
Figurants soldats : Ouais, vive la reine, ouais !
Elisabeth : Mes biens chers frères, c’est pas croyable ce qui nous arrive là, mais bon hein, haut les cœurs comme on dit et advienne que pourra. De toute façon, ils ne peuvent pas nous enlever notre foi !
Figurant : Le foie ?!?
Conseiller 1 : Majesté, c’est à peine si j’y crois mais une grosse tempête a tout cassé les bateaux de l’Armada.
Elisabeth : Ouais ! Vive moi !
Figurants : Vive la reine ! Ouais !
(pendant ce temps en Espagne) le roi : Zut alors, j’avais pas pensé à regarder la météo… »

Vous croyez rêver ? Et bien non…

Voilà comment d’une femme qui fut une des plus illustres de l’histoire on fait une potiche charismatique passant son temps vautrée dans des fauteuils à regarder des gens danser. Voilà comment à la moindre petite contrariété la pauvre donne l’impression que le ciel lui est tombé sur la tête.
Voilà comment de l’âge d’or on ne voit rien.

Voilà comment Elisabeth Ière fut ratée par Shekar Khapur, et dans les grandes largeurs.
Pour me consoler, il ne me reste plus qu’à espérer voir un jour la série BBC avec Helen The Queen Mirren dans le rôle titre…

Note : *

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