Le Lion, la Sorcière Blanche et le Prince Casse-Pieds.

Et voici que revoilà les Chroniques de Narnia, je ne dirai pas pour le bonheur de tous étant donné le climat d’indifférence général qui entoure cette sortie ciné.
Il est vrai que ce second volet pâtissait d’un léger handicap.

Succès mitigé, « Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique » n’avait dans l’Hexagone pas déchainé les foules. La faute à une méconnaissance de l’œuvre de C.S. Lewis, qui dans les pays anglo-saxons a le statut de classique absolu.
La faute aussi à l’opportunisme des studios Disney, qui n’avaient pas avalé la pilule du Seigneur des Anneaux (qu’ils avaient refusé aux Weinstein), pressés de surfer sur la vague de l’heroïc fantasy à leur tour.
Le résultat avait été une couverture presse calamiteuse, en total décalage avec le produit vendu, conte pour enfants chargé de symboles chrétiens et fort en thèmes. Les médias eux, avaient préférés nous vendre un Seigneur des Anneaux pour mômes.

La déception avait pour beaucoup été à la hauteur de l’attente, tant et si bien que lorsque le second volet parait, logiquement, tout le monde s’en fout.

Non, elle ne s’en fout pas. C’est pour çà que c’est elle qui tient l’arbalète d’ailleurs…

Dommage, étant donné la qualité de cet opus (le premier était déjà loin d’être mauvais), de passer à côté.
Bien que l’on retrouve tout de même de quoi satisfaire le cœur de cible (pas de sang, des animaux mignons), « Le Prince Caspian » surprend souvent par son audace, voire par son ambition.
Ainsi, la scène d’ouverture rappelle par sa noirceur l’ouverture de « Pirates des Caraïbes III » (laquelle était déjà surprenante). La suite ne dément pas un ton résolument moins orienté vers le fabuleux et les marmottes joviales.

Petit résumé des évènements :
Peter, Susan, Edmund et Lucy découvrent dans une armoire un passage entre notre monde et celui de Narnia, plongé dans un hiver éternel par la terrible Sorcière Blanche.
Avec l’aide des Narniens (créatures de tous poils et animaux parlants), ils se battent pour délivrer le pays de son maléfice, secondé par Aslan, le Lion tout puissant.
Victorieux, ils sont couronnés rois et reines de Narnia, conformément à une vieille prophétie, jusqu’au jour où adultes, ils repassent par inadvertance le chemin les ramenant chez nous.
Redevenus enfants, ils doivent donc réapprendre à vivre dans notre réalité et se résignent presque à ne jamais revoir Narnia lorsqu’ils se retrouvent brutalement rappelés par le Prince Caspian, qui en danger de mort, n’avait rien trouvé de mieux à faire que de souffler dans une corne qu’un vieux moisi et mystérieux lui avait donnée.

De prime abord, la thématique chrétienne est moins présente dans « Le Prince Caspian ». De prime abord seulement car après la Passion du Christ interprétée par Aslan, on nous rejoue cette fois les Actes des Apôtres, dans l’épreuve de foi imposée aux enfants.
Lesquels n’en sont plus vraiment, après leur première expérience narnienne, ce qui crée autant un malaise qu’une porte ouverte sur des thèmes variés : on peut y voir l’illustration de l’adage « la valeur n’attend pas le nombre des années », comme une résurgence historique de ces temps où les souverains montaient sur le trône avec leurs biberons.

Côté réalisation, rien de bien significatif à signaler.
Cependant, je me dois de signaler que les combats sont filmés de façon lisible, et le manque de sang à l’image n’exclut par une certaine violence (induite) donnant un souffle et une âme certaine au métrage.
Tourné en Nouvelle Zélande, « Le Prince Caspian » contourne en souplesse l’écueil « Haaaan, c’est trop copié du SDA, mdr », et je puis vous assurer que la chose n’est pas évidente lorsque vous utilisez les même lieux de tournage (le Gué de Bruinen) et que certaines de vos créatures sont issus des même esprits (les arbres qui marchent, belle réussite visuelle, ne ressemblent en rien aux Ents, et pourtant, originellement, se sont les même).

Ma petite déception, Rippy Chip, pas aussi bien exploité qu’il aurait mérité…

Si l’on met de côté les voix de doublage à deux francs six sous, les acteurs se révèlent crédibles (même l’espèce de mannequin pour slip qui joue Caspian) et assez charismatiques pour porter l’intrigue et la tension jusqu’au bout (je vous rassure, ce n’est pas la fine fleur de l’Actor Studio non plus…).
Par chance, le scénario évite de nous imposer l’humour Disney (celui de Pirates des Caraïbes, le célèbre humour « lol »), contribuant ainsi à renforcer l’atmosphère de sérieux.

En somme, un film honnête, à la hauteur de ses ambitions et plein de charme. De quoi redorer le blason de la franchise dans notre beau pays.

Note : **

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. C’est vrai que c’est pas mal ! Le défi était dur : après un premier volet excellent, il n’était pas évident de faire une suite aussi bonne. Celui-là, en effet, est plus « adulte », plus travaillé sur la profondeur des personnages grâce à des dialogues plus fins, plus incisifs. On le sens, les frères et soeurs Pevensie ont mûri, et il est assez amusant d’apprendre qu’ils ont gardé une grande partie de leur souvenirs d’adulte lors de leur précédent séjour à Narnia. Mais le final m’a laissé dubitatif : on ne comprend pas du tout pourquoi les deux aînés n’ont plus à y retourner, pourquoi doivent-ils forcément s’enaller, surtout si Susan s’est entichée de Caspian (et son explication de pourquoi ça ne marcherait pas est certes amusante mais sûrement pas satisfaisante) ; pourquoi seulement le général Glozelle se barre avec la reine et un vieux ; quelle est cette bizarre histoire de pirates ayant trouvé une voie vers Narnia ?
    Beaucoup de questions au final, trop, je trouve, pour un film qui se veut avant tout un divertissement familial.
    De l’heroic-fantasy comme on l’aime, plombée au final par les incohérences relevées plus haut, mais qui mérite un second visionnage pour justement s’attarder uniquement sur ses qualités et jouir d’un spectacle intelligent ! C’est si rare !

  2. Je te rejoins sur la fin, sans conteste le plus gros défaut du film. Pour la faire courte, il semblerait qu’il existe d’autres passages entre Narnia et notre monde que l’armoire magique (laquelle avait été taillée dans un arbre de Narnia qui poussait sur notre monde grâce à une graine narnienne ramenée par le vieux monsieur du premier film… Oui, je sais, c’est un peu compliqué). Et que donc, les pirates en ont trouvé un à l’insu de leur plein gré (comme les Pevensies en somme).

    Caspian et Susan, il faudrait que je vérifie mais je n’en ai pas le moindre petit souvenir de lecture. Sinon, à la recherche d’une explication rationelle, ils sont les seuls ados de sexe opposé et du même âge dans la bande. Je reprendrais donc le raisonnement éclairé de Bruce Willis dans « Armaggedon », expliquant à sa gourdasse de fille pourquoi elle sort avec Ben Affleck. Je n’irai pas chercher plus loin, sauf que si en fait, je pense que cette amourette vaine est présente pour renforcer l’idée de maturité présente dans le film. Et pour inciter les filles venues accompagnés leurs petits frères à rester dans la salle.

    Bon, sinon, promis, je m’attèle à « Bons Baisers de Bruges » (mais quel titre de merde) le plus vite possible.

  3. J’y suis allée et je confirme l’amourette Caspian / Susan marche sur les petites filles et plus grandes (sa soeur va entrer en seconde) et n’est pas présente dans le livre.

    Et pareil j’ai trouvé la fin un peu bancale, mais j’ai quand même apprécié le film (malgré quelques interruptions de la petite qui me posait des questions, m’enfin comme je suis payée pour voir un film je me plains pas :P)

  4. Oui, ça a de bons côtés (piscine, vélo, cinéma) et des mauvais (engueulade, averse, se tourner les pouces devant la télé avec la petite). Mais comme je connais la famille depuis longtemps c’est sympa, et c’est pas déclaré comme ça ça fait plus de sous \ o /

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