Révisez vos classiques, bandes de noobs…

Mine de rien, et alors que les médias nous hurlent et nous rabâchent depuis de trop longues années qu’ils ne sont rien que des fous dangereux, les geeks font lentement mais sûrement leur chemin jusqu’à s’imposer dans le grand, le petit écran, et de façon générale, un peu partout.
Normal, ce que les médias n’ont pas encore compris, c’est que les générations des 40/50-10 ans sont nées et ont grandi dans ce que l’on nomme trop facilement « la sous-culture » geek, la tête dans les étoiles et les mains sur un clavier.
Je suis, tu es, nous sommes tous, quelque part, un peu geeks.

Not a geek
Et regardez autour de vous, nous gagnons du terrain…

Entendons nous d’abord sur les définitions, « geek », ne veut pas et n’a jamais voulu dire « petit génie de l’informatique ». On peut être geek et ne pas savoir que RAM est un synonyme de mémoire.
Le terme signifie ni plus ni moins que « ceux qui se réfugient dans des mondes imaginaires », avec une nette connotation péjorative induisant un aspect asocial et un côté « spécimen » faisant du geek une bête curieuse.
Cela dit, il serait faux de ne pas introduire dans la définition l’indispensable support technologique qu’elle suppose. Mais j’y reviendrai en détail plus tard. Pour le moment, je dirai simplement que le geek a grandi avec les ordinateurs, les magnétoscopes et les téléphones portables et qu’il a donc appris à les apprivoiser dans le quotidien.

Geeks
Oui, l’image est grande, mais elle a le mérite de résumer un peu tout ce que l’on peut trouver dans la nébuleuse geek. Z’avez vu ? Nous sommes légion… Mouhahahahah…

Premier territoire colonisé par la culture geek, la littérature fait office de terreau à ce mouvement de fond qui s’amorça au début du XXème siècle par une prolifération de récits fantastiques (contes de fées, puis « sword and sorcery ») finissant par accoucher de l’heroic et de la high fantasy entre les années 30 et 50.
Participant à la création de cet imaginaire, il me faut aussi citer, sans quoi je ne serais pas honnête, l’immense participation de Jules Verne, qui posa ni plus ni moins que les bases de la science fiction avec son Nautilus ou encore son « Voyage au Centre de la Terre ».

L’après guerre connut une explosion de cette littérature dont l’entrée dans le grand public se fit aux alentours des années 70, au beau milieu du « Flower Power » et autres déconnades à base de plantes où l’on clamait que Frodo était vivant et que Gandalf devrait devenir président.

Très vite, le genre trouva son pendant dans la bande dessinée qui avait le mérite immense d’offrir au lecteur un aperçu visuel de ses univers. Inutile de parler de l’éclosion simultanée du manga, dont les premiers auteurs venaient ainsi exorciser les traumatismes de la Seconde Guerre Mondiale et tout ce que l’envoi de deux bombes nucléaires dans la tronche peut susciter comme visions d’horreurs…


Aux Etats-Unis, se fut la rédaction des comics (les premiers apparaissent dès les années 30) qui passaient au départ pour du gribouillage d’ado pré pubère se complaisant dans la contemplation de mecs moulés dans des slips malencontreusement enfilés par-dessus des collants.
Aujourd’hui, les comics sont reconnus pour leur richesse thématique, leur qualité graphique, et leur caractère de mythologie moderne…

comics

Evidemment, il ne fallut pas attendre longtemps pour que le cinéma vienne lorgner du côté du fantastique. Pour tout vous dire, le cinéma commença presque sa carrière de cette façon.
Souvenez vous de la merveilleuse invention des frères Lumières et du premier film « Entrée d’un train en gare de La Ciotat ». Pour un peu, ce plan fixe sans intérêt scénaristique nous ferait presque oublier l’autre père du septième art, j’ai nommé Georges Méliès (dont les œuvres sont récemment sorties dans un joli coffret dvd) qui le premier comprit tout le potentiel que recelait la caméra. Evidemment, envoyer des fusées dans l’œil de la Lune n’était qu’un commencement.

Le seul souci fut que l’émergence du cinéma fantastique se fit à la mauvaise période, celle où la peste brune se répandait en Europe et jusque dans les salles de cinéma.
Ainsi, après avoir produit quelques œuvres inspirées des légendes germaniques, le cinéma allemand (sous les coups de manivelles ne nombreux cinéastes dont la plus connues fut sans nul doute Leni Riefenstahl) vit les codes qu’il avait inventé, détournés au profit de l’imagerie nazie qui se trouvait super à l’aise dans le costard de héros grands blonds et musclés, nageant dans l’exaltation des valeurs de courage et de sacrifice (ce qui prouve bien que Goebbels n’avait, ou pas lu, on pas pigé un broc des dites légendes… Mais bref…).


L’affiche du « Triomphe de la Volonté« , un documentaire de Leni Riefenstahl sur un congrès du parti nazi où elle utilise des procédés de mise en scène crées par les premiers films de fantasy.

Résultat, voilà le cinéma fantastique marqué pour longtemps par cette ombre qui continuera à le hanter encore après la fin de la guerre.

Puis il y eut donc les glorieuses seventies et une forme de retour en grâce. La décennie suivante vit éclore en même temps que les pires navets, les films qui sont aujourd’hui à la base de la culture geek.
J’ai nommé bien sûr la trilogie de la « Guerre des Etoiles » de George Lucas (1977) puis l’arrivée inespérée de « Conan le Barbare » de John Millius (1982), mais je pourrais allonger la liste (ce qui n’est pas mon intention).

Star Wars

Crom
Crom…

Je devrais aussi et surtout vous parler maintenant de l’éclosion spectaculaire du rôlisme qui naquit dans les ’70 sous l’impulsion de feu Gary Gygax et qui permit le déchainement de l’imaginaire autour de tables couvertes de miettes de chips jusqu’à des heures fort peu chrétiennes.
Le rôlisme est sans doute aucun ce qui fit la pierre angulaire de ce réveil de l’imaginaire et qui devint le ciment de la culture geek. Pour la première fois, les fans de tout poil de Tolkien, Robert E. Howard (« Conan ») et compagnie pouvaient évoluer et agir dans ces mondes plus vivants que jamais.


Se fut plus que la création de communautés, se fut une véritable impulsion, une mise à disposition du processus créatif pour tous et partout, en bref, une véritable révolution qui connut un succès fulgurant (tué en pleine gloire dans notre cher hexagone par la faute d’une certaine Mireille D. …) qui allait bientôt se décliner en jeux de cartes (cf le succès encore aujourd’hui, des cartes « Magic »).


Leçon numéro 1 : toujours être pote avec le MJ…

Se fut alors que le fantastique colonisa un autre territoire, l’informatique.
Cette fois, la culture geek telle qu’on la connaît était bel et bien née. Par le biais de l’écran, l’aventure, le jeu de rôle, les combats épiques et les terres insensés étaient mises à la disposition de Monique et Jean-Claude, directement dans leur salon.
Les années 80 et surtout 90, alors qu’elles virent s’effondrer la production fantastique au cinéma et le rôlisme commencer sa chute, furent une vraie pépinière de jeux : Donjon Master, Zelda, War/Star Craft, Diablo, Tomb Raider, Mario, GTA, Doom, Quake, Resident Evil… Toute une génération découvrit les joies du video game, créant sans le savoir une nouvelle catégorie de geek : les gamers.

Puis enfin, même si le phénomène était déjà présent depuis un bail, je dois aborder l’invasion sur petit écran des séries que je vais qualifier pour plus de commodité de « geek ».
Sans avoir de dates précises, je peux vous citer en vrac « Superman » (très vite adapté à l’écran après le succès que connut le comics dans les années 40), et en vrac toutes ces choses allant du sympatoche (« Ma Sorcière bien aimée », plus récemment « Charmed ») aux cultissimes monuments (« Star Trek », « Battle Star Galactica », « Cosmos 1999 », « Hulk », « Les Mystères de l’Ouest »… Je suis incapable de compléter cette liste…).


« Eh, les mecs, vous existez en streaming quelque part ? Hein ? »

Après de longues années de vaches maigres dans les ’90 (rien au cinéma, rien à la télé, sauf « Xéna » et « Hercule » (mais je ne suis pas objective à cause de ma grande tendresse pour ces deux séries de merde faite dans un garage avec les costumes de la kermesse de Wellington), peu de choses en littérature de vraiment notable), les années 2000 sont pour leur part un vrai renouveau, une phase de maturité pour une culture qui, désormais celle des actifs, est devenue plus qu’un mouvement de fond, un véritable marché.
Le retour du fantastique surfe avant tout cette fois sur les jeux vidéos. Le rôlisme s’éteint tout doucement (aujourd’hui, les boutiques spécialisées survivent surtout grâce aux figurines, jeux de plateau et cartes), mais continue sans le savoir à faire des petits.


Car les geeks actifs sont passés derrière la caméra : Sam Raimi, Kevin Smith, Guillermo del Toro, Peter Jackson pour ne citer que ceux-là parce qu’ils sont les plus connus, sont de cette génération qui se nourrit de l’imaginaire et réinvente les codes du genre (ou se contente de faire d’honnêtes copiés collés d’œuvre plus anciennes, suivez mon regard).


Aller, un petit jeu pour ceux qui ont eu le courage d’arriver jusque là : de quel film est extrait cette photo ? (si tu trouves tout de suite, pas de doute, t’es un geek).

On en vient même à adapter pour le pire et surtout pour le pire, les jeux vidéos mythiques de jadis (enfin, jadis, jadis : « Tomb Raider », « Silent Hill », « Doom », « Final Fantasy », « Resident Evil »…).


Angelara Croft.

Etrangement, alors que la technologie actuelle permet toutes les extravagances ou presque en matière de réalisation et de délires visuels, au cinéma se sont actuellement l’heroic fantasy et les supers héros qui tiennent le haut du pavé, alors que la SF se fait étrangement plutôt discrète (je ne compte évidemment pas dans le lot « Star Wars »).


Jake Lloyd ok, mais de loin…

Ainsi, après « Le Seigneur des Anneaux », illustration réussie de l’univers fantasy (mais adaptation foireuse, je persiste et signe), arrivent les « Harry Potter » (qui ont en commun d’avoir été avant tout de véritables raz de marrée littéraires), « Les Chroniques de Narnia » , entrainant dans leur sillage pas mal d’ « adaptations » désolantes de livres : « Eragon » (mais le matériau de départ était déjà à pleurer, tant et si bien que le film se laisse finalement regarder, entre deux fous rires) et plus récemment « La Boussole d’Or » (massacre qui restera heureusement à jamais inachevé d’une des meilleures sagas de fantasy parues récemment).
Je ne vais pas me gêner pour citer le plus bel enfant de cette nouvelle vague, le bijou incontesté de ce retour en grâce de la fantasy, la vraie, la pure (celle des « Niebelungen » de Fritz Lang, enfin débarrassée des préjugés), « Beowulf » (2007) dont la qualité repose sur un fond riche et sur une forme audacieuse, très bien adaptée à son propos.


AHAH, JE VOUS AI BIEN EU PAS VRAI ?

Là c’est mieux.

Là c’est le vrai Ray Winstone. Merci la performance capture…

Et la télévision de se faire le relais naturel de cette évolution en nous proposant du fantastique à toutes les sauces. Ainsi on se délecte de « Lost », on se passionne pour la saison 1 (et après on arrête) des « 4 400 », fleurissent des « Smallville » (je n’ai pas dit que tout ce que j’allais citer était forcement bon) et autres « Kyle XY » tentant mollement de remplacer la reine des séries ciblées ados (mais qui ne se restreint pas longtemps à ceux-ci), j’ai nomme « Buffy ».

On voit revenir « Battlestar Galactica » vingt ans après, l’univers comics se retrouve en prime time (mais malheureusement se ne sera plus le cas cette année) avec « Heroes » (en voilà de la série vraiment ambitieuse)…

De plus en plus, naissent des séries directement consacrées aux geeks, les ayant même pour sujet : « The Big Bang Theory » en est une excellent illustration, « The IT Crowd » un must have seen absolu, « Chuck », « Nerdz » (tout est dans le titre)…
Le geek devient un sujet d’étude, un cas à part, voir un clown irrésistible…

La geek generation dans toute sa splendeur avec « The IT Crowd ». Merci Llu 😉

La voilà la preuve de cette colonisation, lorsque la vague de fond atteint la surface et se dévoile au grand jour.

Et tout laisse à penser que ce n’est pas terminé. Le geek fait vendre autant parce que l’on en croise tous les jours, mais aussi parce qu’il ne raterait sous aucun prétexte toutes ces nouvelles productions se rattachant à son univers. Quitte à ce qu’on tente du coup de lui vendre n’importe quoi…
Ainsi les éditeurs sont submergés de récits fantastiques de piètre qualité que l’on publiera pourtant en espérant surfer sur la vague (« Eragon », « Téméraire », « L’Epée de Vérité », bon ok, ce dernier exemple date un peu, mais il est édifiant, non ?).

Dragon
Comme çà, c’est sûr, çà fait rêver… A lire, c’est nettement moins rock n’ roll.

Au cinéma, on tente de nous recaser à tout prix la dream team glamour du « Seigneur des Anneaux » version kiwi (j’ai nommé Mortigo et Liv Pleurniche Tyler) en voulant coller au projet « Bilbo », une suite totalement inventée avec des morceaux même pas authentiques de JRR, un second film censé faire la transition entre le préquel et le SDA.
Et là, on se demande pourquoi, mais Christopher Tolkien a brutalement décidé de faire un procès pour sauver ses droits d’auteurs (enfin, ceux de son père. Et de toute façon, on a déjà vu le plus beau dragon qui sera jamais dans « Beowulf ». On peut envisager de laisser Smaug tranquille, non ? De toute façon, c’est le même alors…).


« Ne jamais réveiller le dragon qui dort » : devise de Poudlard.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Legendary Picture a mis en chantier « WoW le film », que j’irai voir avec mon tabard de la Horde (le geek est un enfant de la société de consommation, j’aurais peut être du le dire dès le début çà…).

WoW est un jeu super sympa. La preuve…

Cet été, on nous offre quatre super héros : « Hulk », « Iron Man », « Hancock » et « Batman ».
« Harry Potter » a encore de beaux jours sur grand écran devant lui.
L’année prochaine, et là, les copains, c’est du lourd (tellement lourd que çà risque s’écraser…), on nous ressuscite rien de moins que l’Enterprise, voui voui, avec Josh Weddon (« Buffy », « Serenity », dernière référence faisant justement craindre le crash) à la camera …
Sur petit écran sévissent toujours Alexandre Astier ou encore la Bande à Fifi (C.O.L.L.E.C.T.O.R.)…


« C’est pas faux ».


La Bande à Fifi, çà ne tourne pas rond chez ces gens là… »

Bref, nous allons encore pouvoir longtemps nous réfugier dans nos mondes imaginaires, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.
Encore faudrait-il que cette vague ne se transforme pas trop en industrie. Toute la beauté de la culture geek est justement de permettre à chacun de déchaîner son imagination.
Hors des cadres de l’économie de marché, si possible. On vaut un peu mieux que ces considérations bassement matérielles.
L’imaginaire n’a pas de prix.

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Quel beau topo !

    Bon la maniaque que je suis a pas pu s’empêcher de réajuster les images qui dépassaient, ce qui a gâché le plaisir de la lecture.

    Sinon la devise de Poudlard, je ne peux pas laisser passer ça ! C’est « Draco dormiens nunquam titillandus » : Ne jamais chatouiller un dragon qui dort.
    Ah par contre j’ai pas deviné de quel film l’image était tirée.

    Et pour l’informatique et le geek, je suis d’accord. Même si c’est honteux de pas savoir ce que c’est de la Ram :d !
    Le geek est un enfant de la société de consommation, mais aussi le premier à la contourner et à utiliser le Net pour se procurer ce dont il a besoin ^^

    Faut que je fasse lire à certaines personnes ce billet, parce que s’il y a bien quelque chose qui m’énerve (et qui me fait doucement ricaner également), c’est tout ceux qui se disent geek parce que c’est devenu à la mode.

  2. Merci pour les images, je savais bien qu’elles allaient t’énerver, mais comme je ne sais pas les ajuster….^^

    Entièrement d’accord avec toi concernant la mode « geek ». On a tendance à foutre dans le même sac tout et n’importe quoi sous prétexte que Gontran joue à des jeux vidéos ou que Petronie a acheté la WII…

    Un truc que je n’ai pas dit dans mon post, mais qui aurait mérité d’être rajouté alors je ne fais ici, c’est que le geek se caractérise aussi par son engagement à 100% dans les univers qu’il aime. Il est incollable sur Star Wars, le SDA, D&D, j’en passe et des meilleurs. Il ne suffit pas d’avoir lu en passant Herbert et Moorcock pour être geek. Car rapellons la définition « vivre dans les mondes imaginaires », n’a rien à voir avec les survoler. Le geek a une culture complète et précise sur un thème donné. Si l’on fait un sondage parmi les geeks auto-proclamés, je ne crois pas que l’on puisse en trouver tant que çà a avoir un sujet de prédilection qu’il maîtrisent.

  3. Pour les images, alors deux solutions :
    Méthode longue :
    Tu enregistres d’abord l’image sur ton pc, tu cliques sur sélecteur de média et tu up l’image sur ton blog. Après tu mets soit taille moyenne ou petite et tu coches l’option lien vers image originale. Simple mais un peu long.
    Méthode courte : http://lluciole.fr/bulle/post/2008/
    Tu modifies une image directement via un site et cette image n’a même pas besoin d’être uploader sur ton site. Tu prends juste le lien qu’on te donne à la fin.

    Et en parlant du SDA faut que je me mette à le lire en anglais. Et j’ai les tomes de l’Histoire de la Terre du Milieu en attente aussi. Rah ça va être un bel été !

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