Guère épais.

Je sais, çà ne se fait pas de parler de quelque chose que l’on a pas vu en entier. Mais l’affaire est ici si particulière et surtout si longue à mener à son terme que j’ai décidé de prendre les devants. D’autant que l’été approche et que si j’arrive à convaincre certains d’entre vous de s’attaquer à l’ouvrage en question, autant vous dire que c’est maintenant ou jamais.
La chose n’est rien d’autre que le grand, je devrais dire l’immense classique de Léon Tolstoï, « Guerre et Paix », qui est sans doute à la littérature ce que fut « Citizen Kane » au cinéma.

Natacha (Audrey Hepburn dans « Guerre et Paix », 1956).

Tenter un résumé de l’œuvre (qui avoisine les 2000 pages en format de poche) est tout simplement impossible. Foisonnement de personnages d’intrigues, le tout sur un récit long de presque quinze ans, rendent délicate toute synthèse d’un roman dont l’ambition va bien au delà de la fresque fleuve sur l’aristocratie russe des années 1805-1820.

(« Guerre et Paix », 1956)

Une pléthore de personnages dont l’étude des caractères confine au sublime évolue dans cet univers exotique (de mon point de vue en tout cas) de la Russie impériale, aux codes exposés puis décortiqués, à l’image des protagonistes. Ce sont sans doute eux, les figures ornant le texte, qui donnent toute sa puissance à « Guerre et Paix », bien plus que le récit des batailles napoléoniennes, davantage que les bals et les parties de chasse.
Tolstoï s’abime dans une étude psychologique excessivement fine, pénétrant l’esprit aussi bien du vieux prince Bolkonsky que celui de la fantasque Natacha.

(« Guerre et Paix », 2007)

Ces présentations, quasi scientifiques, livrent les héros à nu, permettant au lecteur d’en faire ce qu’il désire. Les faiblesses de Pierre, le cynisme d’André, les insupportables attitudes de Natacha, la fierté de Nicolas sont ainsi amenées qu’elles en forgent les caractères, sans les figer dans une posture où ils deviendraient vite des archétypes de roman et non pas les personnalités qu’ils sont ici.
Ballottés par l’histoire, contraints par leurs natures à faire ce qu’ils sont programmés pour être, ils font de « Guerre et Paix » une œuvre du déterminisme lente sans pesanteurs, parsemée de moments de grâce.

(« Guerre et Paix », 2007)

Tolstoï réussit ce tour de force incroyable d’aborder dans un seul et même roman à la fois la narration romancée de l’Histoire, les intrigues sentimentales, les considérations sociales, les mutations d’une Russie en changement, les rêveries adolescentes, les philosophies des adultes.
« Guerre et Paix » repousse par son ampleur (tant en terme de longueur que de profondeur) les limites de ce que l’on peut nommer un roman. On oscille ici à la frontière de la littérature et de la photographie instantanée.

(« Guerre et Paix », 2007)

Peut être davantage qu’un divertissement « Guerre et Paix » s’aborde finalement comme une expérience, précieuse parce qu’elle ne pourrait se renouveler sous une autre plume. Inclassable et unique.

Note : ****

PS : la raison pour laquelle j’ai hâté la parution de cette note est que j’ai dans le même temps atteint le bout des 1000 pages du tome I et appris la mort de Mel Ferrer, qui jouait le prince André dans l’adaptation de King Vidor (1956), aux côtés de Henry Fonda (Pierre), sa future ex femme de l’époque, Audrey « ma chouchoute à jamais » Hepburn (Natacha), Vittorio Gassmann (Anatole Kouraguine), Jeremy Brett (ici Nicolas et qui retrouvera Hepburn dans « My Fair Lady », avant de devenir l’immense Sherlock Holmes que l’on connaît) et Anita Ekberg (la comtesse Bezoukhov dont le principal trait de caractère est dans le nom de famille).
C’est donc des photographies de ce film que je vous ai illustré cette note. Film qui ne se trouve certes pas sous les sabots d’un cheval… Contrairement à la série de 2007 diffusée sur France 2 (mais qui avait aussi été faite par un cheval, ce qui explique ma somnolence pendant la bataille d’Austerlitz) que j’ai aussi utilisé en illustrations.

PPS : cadeau bonux, rien que pour vous

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. « Guère épais » j’adore 🙂
    Si ça pouvait être vrai :p

    Je te promets pas de me lancer dans cette lecture tout de suite, j’ai déjà Anna Karénine à qui j’ai promis de consacrer un peu de temps (même si pour l’instant je ne fais que lui poser des lapins).
    Mais c’est sûr je le lirai un jour (l’an prochain sûrement).

    Ah et elle est magnifique Audrey Hepburn sur la première image ! Ma mère est une grande fan, j’ai vu tous ses films quand j’étais petite. Sauf que…je me souviens de rien à part Sabrina et My Fair Lady que j’ai revu.

    Excellente la vidéo !

  2. Oui, « Guère épais« , c’est pas ce qu’il y a de plus représentatif du bouquin. Y’a une blague de Woody Allen comme çà : « J’ai assisté à un séminaire de lecture accélérée. J’ai lu « Guerre et Paix » en vingt minutes, çà se passe en Russie. »

    Sinon, c’est pas gentil de poser des lapins à Anna Karénine, la dernière fois qu’on lui a fait le coup, elle s’est… Ouais, non, je vais pas le dire, çà te gâcherait le suspens…

    Sinon, Hepburn… Mon actrice préférée. La femme la plus élégante du monde. Et peut être la plus simple aussi… Grosse grosse fan je suis ! Ta mère a très bon goût 🙂

  3. Bon, je fais faire mon gros lourd, là ! R’a n’a faire de vos bouquins d’intellos que je lirai jamais. Tout ce que j’ai retenu de ce post c’est la vidéo avec en guest star Walter Koenig, éternel Pavel Andreievich Chekov, enseigne chargé de la navigation à bord de l’Enterprise NCC-1701, de la série originale et des six premiers films Star Trek.
    Na ! c’était ma minute « bon vieux geek SFF de base » !

  4. Tu sais que tu tombes bien toi ? Je suis en ce moment en quête des premiers épisodes de Star Trek en streaming, mais pas moyen de mettre la main dessus…  Quelqu’un aurait il un lien à me recommander ???

  5. Et « Guerre et Paix » n’est pas un livre d’intello, c’est même rudement bien (bon, dès fois, c’est chiant… Et j’aime pas trop Natacha…). Le seul truc, c’est qu’il faut du temps pour le lire.
    Là, je fais une pause pendant quelques temps avant d’attaquer le second tome. J’ai un Pratchett à lire.

  6. « Là, je fais une pause pendant quelques temps avant d’attaquer le second tome. J’ai un Pratchett à lire. »
    Ouf ! Tu me rassures ! Chassez le naturel, il reviens au galop : on aura beau faire, on reviens toujours à la fantasy !
    Sinon, pour Star Trek en streaming, bon courage ! J’ai cherché un peu de mon côté, mais rien de concluant…

  7. Ouais, je crois aussi que c’est peine perdue. Mais comme je peux pas télécharger, je sens que çà va me passer sous le nez. Bon, en même temps, je devrais pouvoir continuer à vivre avec çà, et c’est pas comme si je n’en avais pas vu quand j’étais petite…

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