Chassez le naturel, il revient au galop…

Chose promise, chose due, la voilà donc la seconde saison de « Deadwood« , la Rolls de HBO, qui repousse encore une fois la frontière entre télévision et cinéma.
En s’installant sur 12 épisodes reprenant 6 mois après la fin de la saison 1, le récit déroule un bon mois de la vie du camp basculant lentement vers la ville, et pris dans les tractations entre résidents, pionniers et agents de l’Etat pour faire entrer Deadwood dans la légalité.

Au regard de cette saison, la précédente fait désormais figure de simple mais brillante exposition.
Les caractères brossés à grands traits, esquissant toutefois des nuances surprenantes (la dernière scène du premier épisode de la saison 1 entre Al et Trixie) voire dérangeantes, peuvent désormais évoluer dans cet univers de chaos, cherchant à s’échapper dans tous les sens (on cherche à quitter la sauvagerie pour la civilisation, on fuit le progrès, on veut rester libre, on veut intégrer un Etat…).

Au cœur de la saison 2, la question de l’entrée dans les Etats-Unis, posant problème à pas mal de monde, en particulier la pègre locale, dont le fragile équilibre et le long travail de légitimation pourrait se voir réduire à néant en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
A cette épineuse question se greffent les affres de chacun : Al a de gros ennuis de santé, Seth et Alma voient débarquer Mme Bullock et son fils, Calamity Jane n’en peut plus de l’absence de Wild Bill, Joanie se fiche dans un guêpier monstrueux…

Et toujours cette réalisation léchée, ce sens de la narration avec lequel on suggère bien plus qu’on ne montre, d’une crispation de mâchoire, d’un regard que l’on détourne, ce qui se passe sous les chapeaux et les chignons.
Toujours aussi cette photo absolument impeccable, des ambiances tamisées du saloon aux lumières brutes de la rue.
Encore une fois, de nombreuses scènes dépassent les simples ambitions d’une série télévisée pour venir lorgner du côté du cinéma.

Au-delà des simples destins croisés, « Deadwood » saison 2 impose le constat désespéré que l’on ne peut lutter contre sa nature.
Après les surprises de la première saison, cette seconde voit chaque personnage agir selon sa nature : Seth est et demeure droit dans ses bottes, Al n’est qu’un être humain, Alma ne peut aller contre ce que l’ordre des choses et l’ordre social impose…
Et finalement, malgré les tragiques derniers épisodes d’une saison haletante, on ne peut s’empêcher de penser que tout est enfin dans l’ordre des choses. Comme Mr. Et Mrs Bullock, assis face à une fenêtre aux volets clos comme leur avenir barré, mais prêts à affronter ce néant ensemble.

Note : ***

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