C’est pas lourd le confit.

Après l’interruption consécutive à cette fichue agrégation, j’ai mis les voiles quelques jours pour la Dordogne, encore que je sois revenue plus tôt que prévu pour raisons à développer plus bas, parce que honnêtement, çà vaut son pesant de cacahuètes…
Un conseil avant d’entamer : lancez une machine, faites vous un café et préparez de quoi en faire un deuxième. Les filles, vous pouvez aussi faire une coloration. Vous avez le temps…

Mercredi 16 avril :

9h30 : décollage direction l’autoroute pour 8 heures de trajet. J’ai déjà faim et une lubie diététique m’a fait acheter la veille une salade « courgette fromage de brebis ». Je me console en pensant que je vais vers le pays du foie gras.
Midi : arrêt dans les Deux Sèvres où je fonce m’acheter une deuxième salade parce que j’ai tout de même des remords à prendre un sandwich, rapport au foie gras et au confit.
16 h : Bordeaux c’est juste une ville de …. Surtout la rocade en fait. Cernée par les camions, je n’arrive pas à lire les panneaux qui se cachent fourbement derrière. Bon ben, Périgueux, çà doit être par là, hein…
17h30 : c’est bien là en fait.
18 h : je traverse Les Eyzies. Parait que j’y étais allée petite. Sans blague ?

18 h 30 : sans la moindre erreur d’orientation, et tout au jugé, sans carte, sans boussole, tel un pigeon voyageur guidant les baleines à bosses dans leur migration vers le Saint Laurent, je trouve mon hébergement à Sarlat.

18 h 35 : Madame P., l’hôtesse, est très gentille.
18 h 40 : ses chambres sont rudement belles.
18 h 45 : mais elle parle beaucoup quand même…
18 h 50 : vraiment beaucoup…
19 h : au secours…

Jeudi 17 avril :

8 h : enfer et damnation, une colonie de fourmis essaye de construire une autoroute dans la douche.

8 h 10 : je culpabilise à mort d’avoir génocidé la moitié du petit peuple des fourmis.
8 h 15 : le petit déjeuner c’est juste une tuerie : croissant, petit pain, petits gâteaux maison, jus de fruit etc…

8 h 20 : Madame P. est vraiment sympa, mais la nuit ne l’a pas rendue moins bavarde.
8 h 30 : je voudrais bien partir visiter des trucs maintenant, mais madame P. est un plein débat à tendance monologante sur la réouverture du bagne de Cayenne.
8 h 35 : elle doit avoir un poster du petit Nicolas dans sa chambre…

9 h : zut, il pleut.
9 h 30 : Sarlat c’est super joli, mais c’est très humide.
10 h : à la réflexion, je vais rentrer moi…
11 h : après moults tergiversations, et après avoir juré mes grands dieux de ne faire le musée des Eyzies qu’après avoir exploré toutes les grottes de la région, je me décide.
14 h : Les Eyzies, c’est aussi humide que Sarlat.
14 h 15 : le musée est fort joli, et pas cher surtout (5 euros).

14 h 17 : la dame de l’accueil m’explique que les terroristes étant partout et bien connus pour poser des bombes dans les musées archéologiques, elle doit fouiller mon sac.
14 h 18 : mon sac, inspecté deux dixièmes de secondes, ne semble pas contenir de TNT. J’en suis fort aise.
14 h 20 : la guichetière propose une visite guidée pour dans 5 minutes. Moi je dis « banco ».
14 h 21 : j’avale mon parapluie. La visite guidée c’est 10 euros. Les guides sont intégralement recouverts de feuilles d’or ici. Avec des diamants incrustés dans les ongles.
14 h 30 : non, la guide a l’air normal, bien qu’un peu agitée.
14 h 35 : pour mieux l’entendre, on a tous des casques et elle un micro. Ils doivent être là mes 10 euros.
17 h : la guide était sous acides, je ne vois pas d’autre explication. Je me retape le musée depuis le début.
17 h 30 : zut, on ferme…
17 h 32 : et il pleut.
20 h : je mange les tagliatelles les plus chères de ma vie, mais avec des cèpes dedans.

Vendredi 18 avril :

8 h : je me réveille avec un point dans le dos. Ma spécialité, le coinçage de muscle nuitemment. La barbe.
8 h 15 : j’assassine froidement à l’eau bouillante le reste de la colonie. Pourtant, j’ai beaucoup de sympathie pour les fourmis. Mais pas dans la douche le matin.
8 h 30 : le petit dej est royal, et en plus, y’a des madeleines. Madame P. tient la jambe des autres clients. Pendant trois bons quart d’heures.
10 h : arrivée devant la billetterie de Fond de Gaume. En Dordogne, on achète ses tickets pour toutes les grottes au même endroit. C’est super pratique.
10 h 10 : c’est surtout archi complet. Sauf pour Fond de Gaume. Mais à partir de 14 h.
14 h : début de l’ascension vers la grotte. On nous annonce 400 mètres. Mari Jo Pérec vous dirait mieux que moi que le compte n’y était pas…

14 h 10 : devant la grotte, y’a un couple de vieux Allemands et une jeune avec un super sweat Tokio Hotel… Neanderthal, Goethe et ces gus là sont tous Allemands… Ben comme quoi l’évolution ne va pas toujours dans le bon sens (en France, on a Cro Magnon, Molière et M Pokora. c’est tout aussi édifiant)

14 h 11 : la guide a la voix d’Annie Girardot.
14 h 12 : en plus, elle me confisque mon sac…
14 h 15 : Terminator nous explique qu’il faut essuyer à mort ses chaussures avant d’entrer et que dedans on a ni le droit de toucher les murs, ni de les frôler, ni d’éternuer, ni de respirer et qu’on a qu’à se débrouiller pour s’oxygéner le cerveau pendant les trois quart d’heures pas une minute du plus que va durer la visite.
14 h 20 : on est dans un boyau totalement sombre où Sébastien Chabal espère qu’on va finir par s’habituer à l’obscurité pendant qu’elle nous raconte l’histoire de la découverte de la grotte. L’Allemand trébuche et se rattrape à une stalactite. La guide lui explique en termes courtois (« VERBOTTEN ! SCHEISSE ! DAS IST INACCEPTABLE ! Ah, vous ne parlez pas français ? Bon, ben ich bien zehr désolée, hein, sans rancune, vieux… Das ist verbotten toucher les murs, ok ? »)
14 h 30 : le groupe se plie à un exercice de contorsion complexe consistant à se coller au côté gauche du boyau suivant pour regarder le droit, sans effleurer la paroi.
14 h 31 : j’hallucine, il fait presque tout noir, mais je vois trois bisons sur le mur.
14 h 32 : ils sont cinq.
14 h 33 : ils sortent littéralement du mur.
14 h 34 : ils sont tellement frais qu’on les dirait peints d’hier.

14 h 40 : à gauche, un renne noir en lèche un rouge.
14 h 41 : heureusement qu’il fait noir parce que je suis en mode madeleine depuis les premiers bisons.
14 h 50 : à force de me tordre le cou, je commence à avoir sévèrement mal au dos.
14 h 51 : un magdalénien a peint un petit bison avec de grands yeux humides dans le bas de la paroi.
14 h 52 : salauds de madgaléniens…

14 h 55 : Jean Pierre Marielle me fait un mauvaise blague en disant qu’il y a encore plein de peintures mais qu’elles ne sont pas accessibles au public.
14 h 56 : et si je veux quand même ramper dans un boyau de 40 centimètres pour les voir les autres peintures ?
14 h 57 : l’Allemande trouve les bisons wunderbach. Ja, ja…
15 h : Dark Vador nous pousse vers la sortie, sinon la grotte va se mettre à fondre.
15 h 10 : l’extérieur c’est nul, y’a trop de lumière, il faut froid, il pleut, et y’a même pas de bisons.
15 h 30 : la dame qui vend les tickets pour les Combarelles m’explique que je peux toujours me brosser pour entrer dans la grotte, mais que dimanche matin, j’aurai mes chances.
15 h 35 : je décide de me venger sur le château de Commarque que l’on dit très joli.

15 h 45 : il pleut à torrent, et pas de château à l’horizon.
15 h 55 : j’ai la désagréable impression de tourner en rond…
16 h : ils ont dégonflé le château pour la nuit ou bien ?
16 h 15 : je découvre le Périgord profond.
16 h 30 : après le seizième carrefour sans indication, je trouve enfin un panneau pour Commarque.
16 h 45 : je suis tout au fond d’une vallée. Qui est l’abruti qui construirait un château dans une vallée ?
16 h 50 : d’après les panneaux, le château est à 600 mètres.
17 h : dans le Périgord, on a de sérieux soucis avec le système métrique.
17 h 20 : j’ai une classe folle dans mon imperméable.
17 h 21 : lequel a largement dépassé son seuil de tolérance question humidité.
17 h 25 : le château est en fait au fond du fond de la vallée. Je me demande bien ce qu’il garde, ou surveille ici.
17 h 30 : toute la visite se fait en extérieur. Mes chaussures ressemblent au Titanic.

17 h 35 : comme Rose et Jack, j’ai des glaçons sur les cheveux.
18 h : Sarlat, c’est mieux.
18 h 15 : les fourmis survivantes ont monté une expédition pour retrouver la trace de leurs congénères disparues.
19 h 30 : je me console devant un bon confit.

Samedi 19 avril :

8 h : les fourmis ont renoncé.
8 h 30 : madame P. non. Au menu, un monologue sur le rétablissement de l’autorité et l’inquiétante prolifération des touristes japonais à Paris. C’est plutôt un portrait de Hortefeux qu’elle doit avoir dans sa chambre.

9 h 15 : route vers Montignac.
9 h 45 : il fait rudement beau aujourd’hui.
9 h 50 : le monsieur des tickets a l’air aussi épanoui que tous les gens vendant des tickets dans la région. Par contre : « la visite part dans 10 minutes… ».
9 h 52 : mieux que dans la Course au Trésor, je traverse Montignac en courant.

9 h 58 : je crois que Lascaux, c’est par là.
9 h 59 : je bondis hors de la voiture comme une sagaie d’un propulseur.

10 h : le guide déchire mon ticket.
10 h 10 : le groupe ébahi découvre l’existence d’Augustin, 9 ans, un avis surtout et surtout un avis, que je reconnais pour être le fils spirituel de Madame P.
10 h 15 : le guide doit être bouddhiste.
10 h 20 : bouddhiste zen.
10 h 30 : les portes du facsimilé s’ouvrent.

10 h 45 : Augustin est en roue libre. Madame P. aurait des leçons d’autorité à donner à sa mère…
11 h : c’est vraiment très bien fait ce facsimilé.

11 h 02 : le guide commence à transpirer.
11 h 03 : il veut étrangler Augustin, mais il ne sait pas trop comment le dire.

11 h 05 : Augustin déclare que la bestiole bizarre là haut c’est rien qu’un dragon.
11 h 06 : j’essaye d’expliquer à Augustin que le dragon est une créature noble et malicieuse qui n’a rien à voir avec un chèvre tachetée.

11 h 10 : le guide s’esbaudit pour la 327ème fois de sa carrière sur une vache couchée. Tout le groupe fait pareil.
11 h 11 : sauf Augustin, parce qu’il n’a rien écouté.
11 h 15 : un cheval tombe d’une falaise et se retrouve les quatre fers en l’air. Ils sont trop forts les magdaléniens.
11 h 20 : le guide ouvre la porte, Augustin s’échappe vers la lumière, comme un papillon de nuit fou. Tout le groupe soupire de soulagement. Les parents à la perspective de recommencer le calvaire dès la prochaine visite.
11 h 30 : je trouve la grille qui bloque l’entrée au vrai Lascaux. En fait, j’aurais du faire paléontologue.
11 h 45 : un peu plus loin, il y a des ours en liberté, même pas peur.

12 h : direction le Thot, parc préhistorique et musée « indispensable à la compréhension des sites de la région » comme ils disent sur le prospectus.
12 h 15 : je manque de m’étouffer avec ma salade parce que je viens de voir Augustin sur le parking.
12 h 16 : il court autour d’une voiture et criant.
12 h 17 : son père ouvre la portière. Ouf, ils partent.
12 h 20 : direction le fameux musée. Pas un chat dedans…
12 h 30 : un film des années 70 qui ressemble à s’y méprendre aux vidéos du projet Dharma dans Lost, explique la création de Lascaux II.

12 h 40 : et ben y’en a eu du boulot…
12 h 45 : beaucoup de photos de peintures rupestres. C’est joli, mais sans intérêt.
12 h 46 : il date de la guerre ce musée.
12 h 47 : la guerre du feu s’entend.
12 h 50 : des mannequins vêtus de peaux de bêtes rejouent les scènes du vie du paléolithique supérieur.
12 h 51 : et ?
13 h : la suite de la visite se passe dans une reconstitution d’une autre galerie de Lascaux.
13 h 05 : çà, c’est sûrement la porte de sortie.
13 h 06 : en effet.
13 h 07 : maintenant, le parc, censé reconstituer la faune de l’époque.
13 h 10 : à cette heure, la faune digère.
13 h 11 : je frôle l’attaque cardiaque en entendant le barrissement d’un mammouth. Effet Jurassic Park réussi…
13 h 15 : les bouquetins sont jolis.
13 h 20 : les daims sont très curieux.
13 h 30 : le mammouth et les rhinocéros laineux ont drôlement mal vieillis. Comme le musée.

13 h 40 : les biches, c’est le mal.
13 h 50 : un auroch me souffle dessus. On ne lui a visiblement jamais enseigné la politesse.
14 h : les bisons dorment. Feignasses…
14 h 05 : il est galeux ce parc.
14 h 10 : miracle de la nature, le chef des bisons décide de se lever et d’aller se vautrer un peu plus loin. C’est incroyable comme bestiole.
14 h 15 : et super gentil en plus.
14 h 30 : j’intrigue un cheval de Preswalsky qui me suit tout au long de son parc.

14 h 35 : il fait la star pendant que je le mitraille.
15 h : retour à Sarlat, où, une fois n’est pas coutume, il fait beau.
18 h : retour chez madame P. après avoir fait 15 fois le tour de Sarlat sans jamais emprunter les même rues.
19 h : route vers le cinéma pour aller voir « Crimes a Oxford ».
19 h 10 : la salle est blindée d’Anglais.
19 h 30 : çà commence.
21 h 10 : sortie de séance. Sentiment mitigé (critique à venir).
21 h 30 : retour vers la chambre avec de bons hamburgers fait maison (pas Mc Do quoi…).
21 h 31 : madame P. est là.
22 h : « les Anglais, ils sont pas comme nous ». Conclusion du monologue.
22 h 05 : les hamburgers sont tièdes.
22 h 30 : demain, départ aux aurores pour tenter d’attraper une place pour les Combarelles. Je suis droguée aux grottes.

Dimanche 20 avril :

8 h 10 : en cherchant ma brosse à dent, je me bloque le dos. Pile là où j’avais mal depuis deux jours.
8 h 12 : bloquée au point de ne pas pouvoir m’asseoir.
8 h 15 : avec des sueurs froides et tout.
8 h 17 : je ne sais pas comment, mais je réussis à m’allonger.
8 h 20 : j’irai aux Combarelles à quatre pattes s’il le faut.

8 h 21 : réflexion faite, j’avancerai avec les dents.
8 h 22 : je crois que les gravures, se ne sera pas pour cette fois ci.
8 h 30 : madame P. vient aux nouvelles.
8 h 50 : c’est la troisième histoire qu’elle me raconte qui se termine par un mort.
9 h : faites la taire.
9 h 15 : c’est mort pour les Combarelles.
9 h 20 : finalement, pour madame P., Brice Hortefeux est un dangereux gauchiste.
9 h 30 : je peux me lever.
9 h 32 : mais pas rester debout longtemps.
9 h 40 : madame P. me donne un morceau de tarte aux pommes. Elle est trop gentille, malgré tout (mais non, je ne vendrais pas mon âme pour une part de tarte).

9 h 42 : aujourd’hui, je devais aussi partir sur Périgueux où il y a un fabuleux musée gallo-romain.

9 h 45 : y’a pas photo, je dois retourner en Bretagne.
9 h 50 : les valises sont dans la voiture, c’est trop injuste.

10 h 10 : et v’là qu’on passe devant les Combarelles. C’est une vraie provocation.
10 h 12 : j’ai plus si mal que çà en fait.
10 h 13 : ah bah si on dirait.
10 h 20 : comme Terminator, I’ll be back. Y’a pas moyen.
10 h 30 : je devrais peut être retourner voir 10 000 pour me vacciner du paléolithique.
10 h 31 : je ne peux pas décemment faire cette insulte à la mémoire des magdaléniens. Et des solutréens aussi.

11 h : Balou galou. Stolou.
18 h : en Bretagne il fait beau.

PS : j’ai honteusement emprunté à la gentille dame de http://penseesderonde.mabulle.com/?adm_lookup=1, son « minute par minute ». J’aime bien la formule, mais je ne referrai pas çà tous les jours…
Je suis donc sous anti inflammatoires, mais çà va mieux.
Aucune photo n’est de moi (la preuve, on y voit du ciel bleu…). De toute façon, je ne sais pas encore comment faire pour mettres des images de son cru sur un billet. Mais comme je suis coincée sur mon canapé, quelque chose me dit que je vais avoir du temps pour potasser tout çà…

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