Henri, tu dors ?

Un jour dans sa vie, tout le monde a droit à un vrai jeu de mot pourri. Je sais, je sais, j’ai largement dépassé mon quota…
Vous l’avez donc deviné, je viens vous parler des « Tudors« , la nouvelle série historique qui « déchire grave » en ce moment diffusé sur Canal +.

Produite par Show Time, « The Tudors » est à la base, en toute franchise, un pur produit concurrent de « Rome », la pouliche classieuse de HBO, l’ennemi de toujours de Show Time. Par conséquent, le cahier des charges des « Tudors » comprenait donc l’obligation d’y dépenser plus d’argent, de pondre des scénarios plus alambiqués, et d’en rajouter dans la provoc, histoire que les abonnés en aient pour leur argent.
En résumé, çà partait mal…

Et puis au final, sur les quatre épisodes déjà diffusés, se dégagent quelques raisons, bonnes et mauvaises de regarder ou pas ce grand spectacle qui n’a d’historique que le nom :

Pour :
-Jonathan Rhys Meyer : outre son physique de minet à la moue badboyesque, ce type est aussi, et je dirais même surtout, un grand acteur.
-la résurrection du cardinal Claudia : ceux qui connaissaient « La Cape et l’Epée » des Robins des Bois voient de qui je parle. Pour les autres, juste savoir que Sam Neill campe un hybride fielleux et redoutable de Richelieu et Mazarin. Et que çà vaut le déplacement.
-le fun : qui aurait cru que la cour d’Henri VIII aurait pu être aussi marrante ?
-« je vais te dire un truc, mais çà n’aura pas l’air de vouloir dire ce que çà signifie » : attention, ici, un mot en cache souvent un autre. Parfois même, une phrase dissimule la Tour de Londres…
-les sœurs Boleyn : Anne et Marie (pour qui on a inventé l’expression « Marie couche toi là »), méfiez vous, une frangine peut en cacher une autre…

Contre :
-Jonathan Rhys Meyer : parce qu’il ne sera pas crédible deux minutes dans la peau d’un Henri VIII post Anne Boleyn.
-la vérité historique : un scénario, c’est bien. Mais face aux évènements réels, il faut très souvent ajuster.
Et là, le mixage de certains protagonistes tient du tour de passe-passe avec la chronologie et les protagonistes (le personnage de la sœur du roi, Margareth, est le plus tordu : mixage entre Marie Tudor (la sœur du roi, pas sa fille) et la princesse Margareth (la seconde sœur, donc), elle vit donc deux destins en un. On la marie donc au roi du Portugal, ce qui n’est jamais arrivé en vrai pour aucun des deux Tudors, puisque Marie épousa le roi de France (deux petits mois, merci les cœurs fragiles) puis le duc de Suffolk (et en secret, ce qui passa évidemment très mal) et Margareth le roi d’Ecosse (faisant ainsi la dynastie écossaise des Stuarts les futurs prétendants au trône d’Angleterre).
Le mystère résidant dans la façon dont les scénaristes vont nous démêler tout cela… Et tout çà pour éviter d’embrouiller le téléspectateur avec deux Marie Tudors et d’enfoncer encore le clou avec une chronologie délirante dans le début de saison).
Mais ce défaut se pardonnait aisément dans « Rome », nantie d’une remarquable qualité d’écriture. Les « Tudors » doivent encore faire leurs preuves de ce côte…
-« Tu l’as vu ? », « Qui ? »… : la réponse vous donnant ce que l’on nous sert un tantinet en excès. Une chose est sûre, Atia s’est réincarnée dans le corps d’Henri VIII.
-accident capillaire : trop de cheveux tuant le cheveu, je pars à nouveau en croisade contre cette mode grotesque consistant, dans toute production historique, à laisser les filles se balader la tête nue, et sans coiffure apparente.
Non seulement, cela détruit souvent l’harmonie d’une tenue élaborée qui ne va pas sans la botte d’épingles et le chignon assorti, mais en plus, cela envoie aux pelotes (dédicace à Graal) la respectabilité de ces demoiselles. Marre des filles en cheveux. Marre, marre, marre (c’était la révolte inutile de la semaine).
-écrire c’est bien : mais tourner habilement un scénario, c’est autre chose. Quelques défauts d’écriture sont notables (maladresses, grossières ficelles…), mais compensés par l’interprétation. Ouf.

Pour l’instant donc, un spectacle divertissant se laissant regarder, et ayant l’immense mérite de nous présenter des souverains tels que Henri VIII, François Ier et Charles Quint au tout début de leurs règnes, à des âges où l’on ne les imaginait guère être rois.
Rafraîchissant.

Note : smurf, non pas de note. On verra çà en fin de saison…

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. « accident capillaire » : à voir les photos de ton article, tout le monde semble avoir une coupe très moderne (les hommes avaient-ils les cheveux aussi courts à cette époque ?) et je trouve pas plus choquant que ça que de voir les femmes sans chapeaux. A voir tous ce beau monde (minettes et minets, sauf Sam Neill qui n’est plus de la première fraîcheure…), il semble clair que le ton donné à cette série est résolument moderne : les Tudors version 2000 !

  2. Alors oui, les cheveux courts pour les hommes, c’est de mode à l’époque. Bon je serais vilaine, je dirais que l’ami Jonathan a la joue bien lisse et l’épaule bien frêle pour verser dans le réalisme de sa reconstitution, mais bon, hein, je vais pas non plus passer mon temps à déplorer qu’il va falloir ou lui fire prendre 30 bons kilos d’ici la saison 3, ou changer d’acteur…

    Sinon, cette histoire de cheveux : depuis le Moyen Age, il existe un code « capillaire » simple. La jeune fille non mariée à le droit de se ballader les cheveux sur le dos. A condition qu’elle soit un minimum coiffée et surtout qu’elle sorte avec quelque chose sur sa tête. Parce que d’une çà protège des poux, deux, je vais pas faire un laïus sur le thème des femmes « couvertes » ou « voilées », tout le monde sait à quoi cela renvoit.

    Mais une fois mariée, elle doit sacrifier sa chevelure à deux impératifs : le chignon, et la coiffe, qui cache bien un artifice de séduction qui ne lui sert plus à rien, puisqu’elle est mariée. Elle devient donc une génitrice et non plus une pièce de barbaque à vendre au plus vite et avec une dot pas trop élevée non plus (trop de fille c’est une ruine pour une famille, toutes catégories sociales confondues). Or, dans les films historiques, on ne compte plus les actrices qui se baladent les cheveux au vent. Perso, quand la dite production se prétend une reconstitution, çà me gène aux entournures. Mais je n’en fais pas non plus un drame (au passage, comme je viens de voir « The other Boleyn… », je tiens à préciser que dans ce film médiocre, le code capillaire est bien respecté).

  3. Hé bé, j’en aurais appris des choses !
    Quant à la « pièce de barbaque à vendre au plus vite et avec une dot pas trop élevée », reconnais qu’on a guère évolué, que ça reste encore en partie vrai malheureusement…

  4. Damned, tu connais des gens qui dotent encore leurs filles ???

    Blague à part, je crois voir ce que tu veux dire, sauf que maintenant, se sont les filles elles mêmes qui reproduisent ce comportement consistant à se « caser » fissa et au meilleur prix. Cela dit, soyons honnêtes aussi, le mariage n’est pas et loin de là une histoire de sentiments. C’est une simple sécurité sur l’avenir, une fusion de patrimoines. Au moins, si l’on regarde deux siècles en arrière, on n’avait pas l’hyprocrisie de prétendre qu’il s’agissait d’autre chose… Aujourd’hui, il fait figure de vaste blague, de jeu de dupes…

     

  5. Voilà, grosso modo c’est ce que je voulais dire. Et ce qui me conterne c’est qu’on préférera toujours engendrer un fils (l’héritier), qu’il pourra faire ce qu’il veut, ce sera toujours bien ; alors qu’une fille, elle doit toujours démontrer, en travaillant plus dur à l’école, par exemple, qu’elle est autant si ce n’est plus capable qu’un garçon. D’ailleurs, il suffit de voir que dans certaines entreprises, pour travail égal, salaire inférieur, et quid de la parité ? Dire qu’il a fallu une loi pour l’imposer mais que tout le monde s’en tape et prend le gauche !!!
    Pardon, c’était mon coup de gueule annuel…

  6. Coup de gueule accepté ^^

     

    Perso, j’adore l’excuse : « mais le garçon, c’est lui qui porte le nom ! ». Un sommet de connerie… Si on me passe ce mot…

  7. Oui, c’est navrant… Comme si ce qu’on avait de plus que vous entre les jambes nous accordait une supériorité sur les femmes !
    Je voudrais pas faire de l’athéisme primaire, mais c’est pas une invention du Christianisme avec les sacrements du mariage le fait que la femme prenne le nom du mari ?

  8. Malheureusement non, le christianisme n’a fait que reprendre les pratiques antérieures issues de l’antiquité gréco latine. En Grèce comme à Rome les femmes sont d’éternelles mineures, passant de la tutelle de leurs pères à celle de leurs maris, ou de leurs frères. Elles n’ont pas droit à la propriété, pas de droits civiques. A Athènes, on les apelle « gastron », à savoir « ventre », ce qui en dit long sur le rôle qui leur est réservé.

     

    Tout au plus ont elles une fonction productrice, car elles gèrent les travaux domestiques au sein de leur maison (filage entre autre). On prétend que parce qu’elles ont le titre de maîtresse de maison, elles sont donc toutes puissantes dans leur demeure. Erreur. Elles organisent certes la vie domestique, mais c’est le mari qui lui accorde sont budjet, qui décide de l’achat ou de la vente des esclaves, qui prend toutes les décisions, ou qui donne son accord à celles de sa femme.

     

    J’ajouterai que à Rome, sous la République, la loi veut que le pater familias ait droit du vie et de mort sur sa femme et ses enfants (cela changera par la suite, ce genre de meurtres étant criminalisés, mais faiblement punis, la faute à la force de la coutume).

     

    Le christianisme qui est tout sauf une religion très originale, n’a donc fait que se raccorcher à ces codes du passé. Encore que, dans les Evangiles, le rôle des femmes est un rien valorisé. Très présentes autour du Christ, souvent citées comme exemple, comme miraculées, comme plus sensibles au message du fils du Dieu, se sont elles sont sont les premières à recevoir la révélation de la résurrection. Mais cette survalorisation s’est vue très vite rattrapée par ceux qui ont réellement fait le christianisme, j’ai nomme saint Augustin (dans une moindre mesure) et surtout saint Paul (dont le personnage de Paul Atréide dans Dune s’inspire très largement, dans le rôle de fondateur d’une religion dont il n’est pas le fondateur, ni le messie. Car on ne m’enlèvera pas de la tête que Paul n’est pas le Kwisatz Haderach….), qui tous les deux anciens débauchés, sont revenus dans le droit chemin au prix d’un intense travail de reconversion et de remise en question. Et les nouveaux convertis ayant tendance à rejeter violement la faute sur les tentations du passé (et du présent), ici se sont les femmes qui ont trinqué, non seulement parce qu’elles n’étaient pas déjà très haut dans l’inconscient collectif, mais en plus parce qu’elles payaient les années de luxure de ces deux zigotos…

     

    La question de la marginalisation des femmes n’est pas récente (2000 ans, c’est rien, non ? ), ce qui est tout le problème…(et l’on peut remonter aussi loin dans le passé que dans la géographie pour développer le sujet, commun à presque toutes les civilisations…).

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