Cloverfield.

Le film catastrophe est un genre éminemment casse gueule. Parce qu’il est d’aspect simplissime dans le fond et se doit d’être spectaculaire dans la forme, il jongle entre le risque d’en faire trop, de se fourvoyer dans un sentimentalisme ou un patriotisme mal venu, d’enfiler les scènes ridicules comme des perles.
« Cloverfield » a cette qualité d’éviter à peu près tous ces écueils.

Bon, déjà, « Cloverfield », quoi qu’est ce. Annoncé à grands renforts d’affiches allusives et de bandes annonces mystérieuses, le film déboule donc dans les salles avec comme on dit un buzz du feu de Dieu qui donne évidemment envie d’aller donc voir ce qui a coupé sa tête à la Statue de la Liberté.

Le parti pris du réalisateur est la première des deux originalités du film. Tourné en vidéo amatteur, le film se présente comme un document d’archive trouvé dans les décombres de Central Park après les évènements. Sur la bande, la soirée de départ de Rob, jeune cadre dynamique près à partir travailler au Japon et perturbé sentimentalement par cette cagole de Beth en robe à paillette. Son meilleur ami, Hud, filme donc la fête pour que celui emporte avec lui les images de New York.
Sauf qu’au beau milieu des festivités, une explosion retentit et un premier immeuble s’effondre, inexplicablement.

« Cloverfield » partant donc de ses images mal cadrées et pourraves suit les codes du genre : héros destabilisés par le chaos, morts violentes, explosions et destructions spectaculaires, jeune fille en détresse forcement là où le monstre se terre (elles sont bêtes dès fois les jeunes filles…)…
Le cahier des charges est suivi à la lettre, même si le point de vue ultra subjectif de la caméra au poing ne laisse aucune place à l’interprétation des évènements. On suit vaguement quelques reportages télé n’expliquant rien, on croise des militaires qui gardent le secret, on courre pour survivre, on ne cherche guère à analyser ce que l’on voit.
On ne saura donc jamais ce qu’est la chose, d’autant plus que, seconde originalité donc, elle ne ressemble véritablement à rien de connu.

Cela dit, ne pas avoir une tronche de porte bonheur ne suffit pas non plus à faire le charme de cette créature visiblement sortie des eaux (on a déjà vu çà avec Godzilla, me direz vous) pour attaquer sans raison apparente Manhattan.
Le monstre est imprévisible, imprévu, sans origine, sans explication rationnelle. Il est l’expression même du chaos déferlant sur les vies bien rangées, un rien allégorique.

Evidemment, l’ombre du 11 septembre plane sur de nombreuses scènes, qui expriment de façon détournée mais avec une vraie violence la stupeur des témoins et la lente assimilation de l’horreur (encore une fois, en détournant le sujet, on parvient à toucher la vérité).

Le film ne passe pas au travers de quelques clichés et maladresses du style : « Tiens des rats qui fuient. Si on allait voir ce qui leur fait si peur ?? », agaçants car totalement incohérent avec une ambiance très bien restituée et immersive.

Aussi hypnotique que le « Projet Blair Witch » (la filiation est totalement assumée), bien construit, « Cloverfield » dame élégamment le pion à la concurrence, sans toutefois briller par son originalité. Mais entre nous, quand c’est bien fait, pourquoi en vouloir plus ?

Note : ***

Ps : alors moi je veux bien, mais je ne l’ai pas trouvé C’thulu…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *