La Guerre des Mondes (de Steven Spielberg, hein, pas l’autre…)

Non, je ne suis pas accidentellement tombée dans une faille temporelle me revoyant trois ans en arrière. Pas du tout.
Juste que faute de grive, on mange des merles et donc, on regarde des dvd. D’où cette critique tardive d’un film tardivement vu « La Guerre des Mondes » by Spielberg.

Attention, c’est du lourd. Spielberg n’a rien du réalisateur né de la dernière pluie. Metteur en scène de génie, fin narrateur, et surtout plus dans entertainer (divertisseur, mais çà passe rudement moins bien en français) du moment, voire de tous les temps…

Sa « Guerre des Mondes » a été décriée à sa sortie, la faute à un propos que d’aucuns jugeaient trop simpliste. Comme si la complexité était gage de qualité. Peut être la réputation de Spielberg finit elle par le desservir ? Peut être attend t’on au tournant un chef d’œuvre d’introspection là où il n’y a jamais eu la moindre volonté d’en mettre ?
Cela dit, lorsqu’il s’attaque justement à des thématiques plus profondes (« Intelligence Artificielle ») cela ne passe plus non plus… Aller savoir…

Bref, revenons à nos moutons tripodes, s’il vous plait (c’est fou comme vous vous dispersez vous alors…).
« La Guerre des Mondes » donc, aurait sans doute moins inquiété si elle n’était pas sortie du même cerveau que « E.T. ».
Le fossé entre les « Maaaaison » de l’affreux mais gentil extraterrestre et les vaporisations des envahisseurs de ce dernier film a de quoi surprendre.
Ou pas.

Le Spielberg que l’on découvre ici n’est plus le petit garçon émerveillé mais l’homme qui a réalisé la « Liste de Schindler » (les allusions à la Shoah, glaçantes, parsèment « La Guerre des Mondes »), celui qui s’est réveillé dans l’Amérique de l’après 11 septembre.
L’humanité semble avoir perdu ses illusions, la réalité apparaît fade et triste (les scènes d’ouvertures dans la maison du héros, les visages fatigués et mélancoliques de ses enfants, femme enceinte désacralisée par le port d’une valise, les codes de l’american way of life volent en éclats), et se retrouve vouée à l’extinction par une puissance étrangère contre laquelle elle ne peut rien.
L’impuissance de l’armée et des hommes face à l’invasion et sa sauvagerie décomplexée renvoient immanquablement aux deux pôles évoqués dans « La Guerre des Mondes » à savoir le terrorisme (les extraterrestres sont infiltrés sur Terre depuis longtemps, leurs actions sont planifiées) et la Shoah (élimination industrielle, déshumanisation, recyclage des corps, les cendres…).

Le final, s’il laisse pantois de facilité (et confirme que jamais les extraterrestres ne nous envahiront, ils sont vraiment trop cons les mecs…), s’inscrit dans le désenchantement global. Pas de héros salvateurs, pas de prouesses technologiques. L’homme doit sa survie à la chance, à la plus petite des choses qui soit, mais en aucun cas à lui-même. Il apparaît alors comme voué à l’extinction prochaine, en sursis, fragile et dérisoire, peut être même indigne de sa survie.

Et Spielberg de nous servir tout cela sur un habillage impeccable, en particulier grâce à des plans de délire (le plan séquence sur l’autoroute, juste fabuleux, et cette longue scène à deux pas du sommet d’une colline où rougeoient les feux de la bataille, rien n’est montré, mais tout est dit), reposant souvent sur l’acteur principal, Tom Cruise, l’ego dans la poche (çà fait du bien) et dirigé jusque par les cheveux (merci Steven, de nous éviter Tom en roue de hamster libre).
Reste à déplorer l’agaçante Dakota Fanning, le petit singe savant, dressée à faire la belle. Il faut tout de mettre reconnaître qu’entre deux mimiques de mijaurée, elle sauve les meubles. Merci la direction d’acteur, encore une fois…

Voilà donc ce que doit et devrait toujours être le divertissement : du grand spectacle emballé dans une réalisation luxueuse et dirigée par quelqu’un d’assez intelligent pour trouver de la profondeur dans les thématiques les plus simples. Histoire d’en revenir à l’humain et de le décortiquer un peu.

Note : ***

Un commentaire Ajoutez les votres
  1. Wahou, bravo pour cette belle critique, intelligente et juste !
    C’est vrai que l’on ne peut que rester pantois devant une telle maestria cinématographique. On aura beau dire ou faire, Spielberg est et restera l’un des plus grands cinéastes de notre époque et le prouve dans cette Guerre des Mondes dont il revisite avec brio le livre inspirateur d’H.G. Wells. Il a réussit a transposé les peurs des humains de l’époque où a été écrite le livre avec celles de la nôtre (même si en définitive, elle sont globalement assez proches…) et à garder cette même « simplicité » de surface que le livre.
    Chef d’oeuvre !

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