Darling.

Comme toutes les filles, Darling, alias Catherine, est une princesse. Une princesse dont l’histoire a des allures de gestes médiévales sous les coups de poing et les sévices corporels.

Seulement voilà, dans le conte de la vie de Darling, tout est sale. Elle a beau faire parler d’elle dès avant la naissance, se changer de vilain petit canard en cygne, rencontrer le prince charmant qui l’enlève sur son fier destrier de 36 tonnes, tout la conduit invariablement au drame.

Comme si elle était maudite.

Le mauvais œil lui vient peut être de voir le jour dans une famille d’agriculteurs de la Manche qui savent à peine qu’ils vivent au XXème siècle, alors qu’elle, Catherine, n’a rien à voir avec eux, ni avec ce milieu qu’elle scrute et analyse avec pertinence et intelligence.

Son trop de matière grise devient un handicap, alors qu’il aurait du l’élever. En décalage, jamais encouragée, elle n’a finalement d’horizon que la nationale qui passe devant la maison où filent les camions, bientôt sa seule et unique passion.

Elle deviendra pour ces routiers qui la font rêver, parce qu’ils filent si vite loin de chez elle, Darling, une petite voix brisée racontant sa tragédie sur les ondes de la C.B.

Battue, humiliée, ravagée, démolie, elle continue malgré tout son chemin de misère, sans jamais pleurer sur son sort, même si elle se désole trop souvent d’elle-même.

A l’écran, Darling est plus qu’une personnage, elle devient une personne. Certes, on peut être influencé en sachant qu’il s’agit d’une histoire vraie, mais l’empathie ressentie est bien plus forte que cela.

Portée par une Marina Foïs incroyable de naturel et de justesse, et admirablement mise en valeur par un casting tout aussi épatant, Darling réussit toujours à se relever de tout, plie sans se briser, malgré qu’on la sente souvent à deux doigts de se rompre.

Et pourtant, ce parcours terrible qui aurait pu tomber aisément dans l’excès de pathos (voir « Dancer in the Dark » de Lars Von Trier pour le genre mélo totalement indigeste), reste digne jusqu’au bout, grâce à l’humour et au recul souvent malicieux de l’héroïne sur sa propre histoire, cet effrayant conte moderne.

Note : ****

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