Epuration.

Décidément, le Service Public est formidable. Nan, je vous jure, c’est vrai, parce qu’il ose aborder des thèmes qui font maaaaaal à la France, qui souffre déjà suffisamment comme cela dans sa chair.

D’où ce poignant téléfilm, ce mardi sur France 2, sur l’épuration d’après guerre, une réalisation pleine de courage et de prises de positions volontaires.

Roooh, lala, c’est bon, si on ne peut plus rigoler…

D’accord, je crache un peu dans la soupe. Moi qui milite (dans ma salle de bain) pour une représentation de l’histoire plus réaliste et moins manichéenne, je devrais me sentir brossée dans le sens du poil par un tel sujet, montrant du doigt les heures noires de la France, du temps où l’on basculait d’un excès à l’autre avec délectation.

Sauf que non, mon poil ne se sent pas, mais alors là pas du tout flatté du bon côté de la pousse, même qu’il aurait une légère tendance à se hérisser.

Résumé des évènements :
Sylvaine (personnage récurent campé comme une endive par Christiana Reali) déboule dans un petit village de Corrèze (que l’on connaît si l’on a vu le premier film de la grande saga de France 2 sur Sylvaine après la guerre de 14-18 qu’était ben malheureuse de point trouver d’homme…) avec sa fille Monica et son futur beau-fils Max.

Jusqu’ici, me direz vous, tout va bien.
Niiiiiiiiiiiiiiiiiiiip !
Grossière erreur !
Max est A-LLE-MAND !!! Voui m’ssieurs dames, boche, fritz, schleu et tout ce qui s’en suit !
Evidemment, allemand, mais pas n’importe comment : étudiant en philosophie, fiancé à Monica avant guerre (sinon c’est sale), fils d’un universitaire opposant au nazisme déporté, et frère, parce que c’est beau comme thématique, d’un éminent membre de la Gestapo (gasp…ach…).
Ajoutez à cela que le Maxou, il est déserteur et se promène avec une balle allemande dans la jambe et vous obtenez un personnage très peu crédible mais on fera avec…

Deuxième évènement tragique (Max est tragique à lui tout seul, vous l’aurez noté), Momo et Maxou sont obligés de prendre le maquis (autant pour lui, çà se conçoit, autant pour elle, on repassera…) où ils rencontrent Sophie, une sorte de Gavroche qui a le feu où je pense et un méga coup de foudre pour le martyr d’Outre-Rhin. Comprenez que là, çà se gâte parce que Max est comme tout les allemands, il est très rigoureux. Genre la petite Sophie, il ne la regarde même pas, sauf pour lui dire des choses pas très gentilles.
Et la petite Sophie, avec ses couettes qu’elles sont très mignonnes et montrent bien au téléspectateurs qu’elle est très jeune, ben elle le prend un peu mal. Pendant 5 ans, elle accumule rebuffades et vexations qui vont bien finir un jour, on le sent venir gros comme un U-Boot, par revenir dans la face du teuton.

A la base, le téléfilm ambitionnait de traiter de l’épuration dans le microcosme d’un village de la campagne profonde. Le résultat s’apparente à un reportage de Jean-Pierre Pernaut.
Tout d’abord parce qu’il ne parle pas vraiment de l’épuration, la vraie. Bon, les résistants qui cachaient très bien leur jeu et qui sont passés pour des collabos, oui, bien entendu, cela a existé, c’est très connu.
Les authentiques collabos aussi, on ne va pas revenir dessus.
Et pourtant, ce ne sont que ceux là dont on parlait dans « Epuration », à savoir la face la moins sombre de ce qui fut, il faut tout de même le rappeler, aussi bien un grand ménage national, qu’un règlement de compte glauque à souhait.

Le téléfilm nous montre des femmes tondues ?
Ce sont de courageuses résistantes injustement accusées mais qui faisaient hyper bien leur boulot.
On nous parle de collaborateurs ?
Ce sont de lâches et infâmes vendus plein de fiel, pétainistes, nazis, fascistes qui s’amusaient à torturer de braves patriotes.

Où sont les innocents que l’on voua à la vindicte populaire juste pour de simples querelles de voisinages ? Ah si, ils sont évoqués, mais dans des cas de dénonciations à l’occupant. Genre, çà n’a jamais existé après le départ des Allemands. Genre, l’épuration c’est pas cool, mais c’est quand même plus réglo que la guerre.

Où sont les femmes tondues pour collaboration à l’horizontale, mais pas celles qui le faisaient par devoir, non, les autres, celles qui en ont profité un peu beaucoup, ou celles qui ont commis la bête erreur de craquer pour les uniformes vert de gris (vous n’allez pas le croire, mais « La Bicyclette Bleue », sur ce sujet là, c’était du grand art en comparaison)?
Et toutes celles, violées, et qui parce qu’à l’époque cela arrivait forcement à cause de la femme, se sont vues humiliées une seconde fois par une foule hystérique ?

Où sont ces résistants qui ivres de gloire et de pouvoir ont honteusement profité de leur statut de héros pour se faire une place au soleil ? Une gamine au désespoir peut elle vraiment les brocarder ?

Que dalle… Mesdames, messieurs, vous ne verrez ici qu’une épuration soft, pas toujours juste mais souvent justifiée, une épuration comme cela n’existe pas en vrai, pleine de clichés, de bons sentiments (si, y’a des gens assez doués pour en coller dans un lynchage public).

Le sujet, trop dur, trop complexe, trop vaste, ne méritait pas ce petit machin de seconde zone, qui n’atteint jamais les objectifs affichés. Dans le genre, on n’a pour l’instant pas encore fait mieux que « Black Book » de Paul Verhoeven, même s’il n’aborde pas l’ensemble du problème. Il a cependant le mérite de prendre le taureau par les cornes et de renvoyer nazis et résistants face à face, en les remettant à la place qui est la leur : êtres humains.

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