24 déc. 2016

Fanfic One


Ooooouuuh que je suis mal à l’aise…
Le cas « Rogue One » est épineux et me force à rester le cul entre deux chaises, sans trop savoir s’il fait applaudir des deux mains parce qu’on a un film « Star Wars » qui est pas trop mal, mais qui en même temps……. Beeeeh…. Reste un produit qualitay, mais terne. Dire qu’il y a plus de souffle dans un petit doigt de la prélogie que dans les deux heures que dure « Rogue One » malgré Jar Jar Binks, malgré Anakin et Padmé qui se roulent dans l’herbe, malgré les midichloriens, est assez juste, dans le fond.

Si on voulait tirer une leçon de « Rogue One », ce serait peut-être qu’il aurait mieux valu laisser dormir la saga Star Wars.
Ok, « Le Réveil de la Force » nous l’avait déjà dit, mais on avait tout de même le droit d’y croire. Non ?




Avant qu’on me tire à boulets rouges dessus, je m’explique. La trilogie Star Wars, bien qu’imparfaite sur la durée, était un modèle exemplaire de création d’univers et de narration. Pas de toujours de mise en scène, faut pas déconner, mais question écriture, on peut difficilement critiquer le travail de George Lucas et de sa bande de savants conseillers, dégraissant un matériau foisonnant et totalement exotique pour produire un récit archétypal simple et puissant d’un bout à l’autre, y compris quand des Ewoks passent dans le champ.
La prélogie quant à elle, merde dans les grandes largeurs non pas dans l’évocation de plus précise de cet univers tentaculaire que Lucas peut enfin montrer sur grand écran (à ce niveau la prélogie reste encore aujourd’hui exemplaire dans le genre space opera), mais bien dans cette fameuse narration, ce récit qui faisait la force (sans jeu de mot) de la trilogie. Le destin d’Anakin Skywalker, supposé être le poumon des trois films, se dégonfle dès le troisième pour se retrouver, à l’image du personnage, amputé de ce qui aurait dû faire sa force. Le méchant le plus iconique du cinéma se trouvait alors réduit à la figure d’un jeune blanc bec influençable au dernier degré.
Mais bon, la prélogie avait aussi ses qualités, entre autre celle d’être une série de films 100% lucassien, ce qui implique entre autre une mise en scène assez terne, sauf quelques exceptions, mais avant tout une vraie volonté de continuer à explorer un univers cher au cœur de son créateur. Ce qui se ressent, à chaque seconde.



Et puis Lucas vend Star Wars à Disney dans le courant des années 2010, une période de l’histoire du cinéma marquée par son intense créativitay, et c’est le drame. Un drame en forme de postlogie s’ouvrant sur un épisode totalement nostalgique avec un cahier des charge gros comme ça destiné à faire comme avant pour ne pas dépayser les fans, surtout ceux de la première heure, confié à un tâcheron révérant et honnête certes, mais tellement empêtré avec le reste de l’équipe dans la peur panique de la prise de risque que l’ensemble du film semble sortir d’un bain de Biafine.
Ce n’est pas forcément Disney qu’il faut blâmer pour ce résultat insatisfaisant puisque le studio est tout à fait capable de produire des œuvres de grande qualité quand elles sont stéréotypées au dernier degré (« Moana », par exemple). Il faut plutôt ici regarder du côté des enjeux colossaux imposés à l’ensemble des personnes impliquées dans cette postlogie, contraintes de ne pas faire quelques chose qui ressemblerait à la prélogie sous peine de se faire écorcher vives, et donc de trouver une formule capable de fédérer et le fan nostalgique et le grand public et la critique. Donc, de reproduire le plus fidèlement possible la trilogie des origines, ce qui semblait le choix le moins risqué. La créativité ? T’es fou ! On est là pour éviter l’accident industriel et faire un maximum de bénéfice avec la franchise qu’on a acheté des mi’iards de dollars.



Donc, quitte à se faire des mi’ions de dollars, autant traire la franchise jusqu’à ce qu’elle en tombe d’épuisement en lui faisant enchainer les petits pour activer la production de dollars (cette analogie vous est offerte par la FNSEA).
Et donc, « Rogue One ». Qui raconte l’histoire parfaitement indispensable du commando parfaitement légendaire qui a volé les plans de l’Etoile Noire totalement conformes au « Dit du Nouvel Espoir ».
Oui en gros, on peut le dire, c’est une fanfiction. A quelques centaines de millions, mais bon, quand on a les moyens de s’offrir ce genre de fantaisie, pourquoi est-ce qu’on s’en priverait, hein ?

Confié à Gareth Edwards, qui nous offrit le décevant « Godzilla », vous savez, le film largement surpassé par sa bande annonce, « Rogue One » arrivait en salle avec de mauvais auspices.
Déjà, il arrivait après « Le Réveil de la Force », qui avait en avait refroidit pas mal, y compris moi, et ne laissait pas trop présager que la franchise puisse désormais accoucher d’autre chose que d’un produit bien lisse et sans audace.
Ensuite, après un teaser peu convaincant, on apprenait que le film subissait une vague de reshots massifs, ce qui en général ne présage rien de bon.
Enfin, sortait une affiche moitié awesome, moitié dégueulasse, achevant de jeter une certaine confusion sur ce que l’on pouvait attendre du film à sa sortie.



Surprise, il est awesome le temps d’une scène et pas trop dégueulasse le reste du temps.

Disons-le tout net, « Rogue One » n’est pas le Messie espéré de la franchise, il n’est pas très bon, pas totalement mauvais non plus, mais il a un avantage certain sur « Le Réveil de la Force », celui d’être justement une fanfiction. Du coup, il a ce mérite de chercher à raconter quelque chose au sein d’un univers sans recycler forcément la structure de la trilogie.
S’il n’est pas créatif, pas fou, et même pas réalisé avec talent, il apporte un vent plus ou moins frais à la franchise, même s’il est impossible de le qualifier d’indispensable.



Pour cela, il aurait fallu le confier à un metteur en scène possédant une vraie envergure, ce dont manque Gareth Edwards. Sa mise en scène est fonctionnelle, et s’avère même moins souvent pertinente qu’elle ne l’était dans son « Godzilla » où il échouait régulièrement à évoquer par l’image la puissance symbolique de ses créatures, mais touchait de temps à autre quelque chose du doigt. Ici, il ne parvient qu’une seule et unique fois à dépasser les besoins basiques de sa narration pour explorer autre chose. Fort heureusement, il y parvient exactement là où c’était indispensable, dans la dernière scène de Darth Vador.
Le pauvre chéri, bien mal servi depuis la prélogie, partait également très mal dans « Rogue One » avec une première scène plutôt terne, malgré les efforts manifestes d’Edwards et du script pour nous composer une entrée pétulante. Arrivée sur une planète de lave qui ne sera pas nommée (la seule dans tout le film #mystère) mais bon, on se doute bien que c’est Mustafar, entrée dans une forteresse inquiétante et plan plutôt bien troussé du serviteur entrant dans le saint des saints où Vador trempe dans sa cuve. Le plan, fugitif, montre son corps nu, mutilé et réalise ainsi le pont entre le désormais aussi célèbre que memable « je te déteste !!!!! » de l’Episode III et la trilogie.



Puis Vador tout de noir vêtu vient donner un cours d’apnée à Krennic, dans un plan qui fonctionne mieux dans le film que dans la bande annonce, je dois dire. Dans cette dernière, j’ai toujours l’impression que Vador arrive à moitié en courant en mode « Orsoooooooon, mon lapin, ça fait tellement longtemps !! Comment tu vas vieille canaille ? », ce qui est le pire moyen EVER pour faire entrer Darth Vador en scène.



Le mec n’a théoriquement même pas besoin de bouger pour inspirer la crainte, ceci moitié grâce à son costume de samouraï asthmatique de l’espace, moitié grâce à James Earl Jones.
Une première séquence sur Mustafar plus ou moins bof, sans ampleur, ne laissait pas vraiment présager l’impact réel de sa dernière scène, la seule que je retiendrai vraiment du film je crois bien, dans laquelle Vador apparait cette fois en majesté, respirateur, sabre, Force et cape glorieuse, pour faire ce qu’il sait faire de mieux, massacrer les baltringues de l’Alliance.
Là, j’avoue, après deux heures passées à la frontière entre l’ennui léger et l’intérêt poli, j’ai vraiment commencé à décoller de mon siège. Ce fut bref, mais ce fut, et c’est déjà pas mal. Ceci dit, la réussite de cette scène pose surtout un gros problème de fond, sur lequel je reviendrai plus tard.



Mais dois-je vraiment me contenter d’une scène « waouh » pour classer ce film plus haut dans mon cœur que « Le Réveil de la Force » ? Ce dernier tente par exemple plus régulièrement de nous en mettre plein la vue question mise en scène. JJ Abrams, s’il n’est pas pétri de talent, a le sens du spectacle, on ne peut pas le lui retirer, et sait comment faire pour donner à ses films des illusions de grandeur.
Chose dont on manque totalement ici, malgré des scènes impliquant des combats spatiaux, des piou-piou dans l’espace et de la destruction massive, ainsi qu’un dernier acte qui s’il n’est pas fou, sait ce qu’il a à faire et s’en tire avec les honneurs. Abrams 1 – Edwards 0.



Cependant, l’ensemble de « Réveil de la Force » échouant à être autre chose qu’un produit nostalgo-calibré, il n’a pas la relative fraicheur de « Rogue One », qui s’il n’a rien de génial, explore d’une nouvelle manière l’univers Star Wars. Jusqu’ici, il n’y en a eu que deux : celle du récit resserré et fondé sur le parcours initiatique du héros, la voie empruntée par les trilogie et postlogie, et la voie du space opera grandiloquent matinée de tragédie de la prélogie. « Rogue One » c’est donc la voie de la fanfiction, ce qui n’est pas une critique de ma part, il s’en fait de très bonnes, et qui a le mérite d’aller chercher un peu ailleurs.
Un ailleurs qui nous propose par exemple une héroïne, ce qui est déjà ‘achement bien (vous allez me dire que la postlogie aussi, je vous réponds ok, vous avez raison, mais les blockbusters avec des héroïnes ne sont pas non plus légions de nos jours), un ailleurs sans Jedi aussi, assez éloigné de la mystique associée d’ordinaire à la franchises, sauf au travers de Chirrut Imwe dont la croyance passe presque pour de la superstition de vieux fou.
Un ailleurs qui a aussi le mérite de zapper le happy end, sans espoir d’amélioration puisque l’ensemble des héros passe l’arme à gauche. Ce destin des personnages principaux est logique et prévisible, mais dans le bon sens du terme. Si l’équipe Rogue One avait survécu, son absence dans les épisodes IV, V et VI aurait fait tache. Comme on ne les mentionne jamais, c’est sans doute qu’ils sont morts, ahah, comment qu’on est maliiiiiiiiin !
Ensuite, leur mort permet de mieux rendre le désespoir auquel les Rebelles semblent condamnés dans ce film. On y apprend en effet qu’ils sont à deux doigts de déposer les armes face à la menace de la nouvelle arme de l’Empire. Ce qui est aussi une erreur de continuité puisque dans « Rogue One », les deux tests de l’Etoile Noire, en particulier le dernier, sous les yeux de toute la flotte rebelle, interdissent fondamentalement que quiconque soit surpris de la nature de l’arme en question quelques jours plus tard dans l’Episode IV. Y compris Leia, supposée être choquée par la destruction d’Alderaan dans « Un Nouvel Espoir » (la présence de l’Etoile Noire active dans le film reste pour moi quelque chose de gênant. J’aurais largement préféré la savoir presque achevée, et ne découvrir sa puissance que dans l’Episode IV, justifiant ainsi les sacrifices consentis pour en obtenir les plans).
Ceci étant dit, ce choix du « pas super happy end » reste bienvenu, respectant l’atmosphère générale du film et permettant aussi à Disney de montrer qu’il ne fait pas que des films mièvres #habile.



Les reshots et réécritures de « Rogue One » laissent entendre que le film aurait pu/dû être encore plus audacieux (il faut dire très vite « audacieux » concernant « Rogue One »…). D’après tout ce qui filtrait au départ, il semble que le personnage de Jyn ait été réécrit en profondeur à tel point que son engagement dans la Rébellion ait finalement été zappé. Le film tel qu’arrivé en salle parle d’une jeune femme sans idéaux qui va s’engager dans la lutte en mémoire de son père, tandis que les premières infos nous montrait une jeune rebelle aux actions un peu trop borderline pour sa hiérarchie, dans le style décrit comme étant celui de Saw Guerrera. De là à imaginer que Jyn ait forgé son engagement en réponse à la position de son père dans l’Empire, il n’y a qu’un pas aisément franchissable. Jyn aurait-elle dû prendre la place de Cassian quand ce dernier tente de tuer Galen ? Puis se serait ravisée ? Ou aurait-elle tenté d’approcher son père afin de lui soutirer des informations avant de réaliser qu’ils travaillaient tout deux pour le même camp ? Bref, il y avait sans doute quelque chose de plus tordu que la version qui nous a été finalement présentée en salles.
Une version qui a cependant le mérite de montrer un côté moins manichéen que de coutume dans cet univers, justement parce qu’il s’attache non plus à un récit archétypal mais bien à une tranche de vie dans cette galaxie, avec tout ce que cela implique comme zones d’ombre et comme dommages collatéraux.
D’où l’intérêt relatif de ce film au sein de la franchise, puisqu’il se détache assez bien des ambiances et des intentions du reste des productions Star Wars.
L’autre problème des réécritures vient du fait qu’elles sont perceptibles à l’écran. Même si le film a été retourné à 40% afin de corriger certaines scènes et d’en inclure de nouvelles, on sent tout de même assez régulièrement des accrocs, en particulier concernant le caractère des personnages, qui sont ceux ayant le plus souffert de tout ce bricolage, ne présentant plus un caractère réellement homogène. Ainsi, il devient difficile de cerner Jyn, dont on sent clairement qu’il en a existé deux versions, une plus rugueuse et une plus choupi, et qui ainsi recomposée, ne parvient jamais à présenter un visage cohérent. Le fait que Felicity Jones la joue d’une manière monolithique qui ne lui sied guère (à Felicity Jones, pas à Jyn), n’aide pas non plus Jyn à acquérir une quelconque substance.



Bien entendu, « Rogue One » sacrifie au fan service, même si j’ai été moins dérangée ici que dans « Le Réveil de la Force », sans doute parce que ces clins d’œil sont moins appuyés et moins forcés. Certes, le bref passage à l’écran de R2D et C3PO était d’une nullité absolue, mais globalement, les coups de coude dans les côtes font ici plus office de raccrochage des wagons que de clin d’œil complice. La mention du capitaine Antilles est naturelle, la présence de Vador aussi, même si elle n’était pas indispensable, Mon Mothma a ici sa place même si elle devrait penser à changer de vêtement, le sénateur Organa se devait forcément d’apparaitre à un moment histoire… Moins la présence d’Evazan et Ponda Baba, les deux glandus que Luke croise sur Tatooine à la Cantina de Mos Esley dans l’Episode IV, qui se trouvent ici de façon assez inexplicable sur Jedha quelques heures à peine avant sa destruction…

Sur la question de la jonction entre « Rogue One » et la trilogie, le travail est assezs propre. Il se trouve grandement facilité par le fait que la jonction en question concerne au final quelques heures entre la fuite du vaisseau de Leia et le moment où le Star Slayer de Vador le rattrape au large de Tatooine. Visuellement, cela fonctionne aussi très bien, les gens se sont vraiment donné un mal fou pour recréer l’atmosphère de l’Episode IV, un effort ici nécessaire, qui n’a pourtant pas bridé la direction artistique point de se contenter de tout recycler bêtement, comme ce fut le cas sur « Le Réveil de la Force » et son univers sorti de la naphtaline. On voit apparaitre diverses unités de troopers, des vaisseaux aux formes nouvelles, on donne du corps et de la substance au monde que l’on veut créer, sans pour autant en faire trois tonnes.



Y’a même des mecs qui ont passé tout le tournage à faire tourner des guéridons pour permettre à Peter Kushing, mort en 1994, de jouer dans le film ! Avec sa gueule de cinoche comme il en existe si peu, l’interprète du grand Moff Tarkin était indispensable dans un film se déroulant basiquement dans les semaines puis les heures qui précèdent l’épisode IV. Honnêtement, si on ne sait pas qui est ce mec ni que l’acteur est mort, je pense qu’on peut se laisser abuser par le visage numérique de Tarkin, une très grande réussite du genre. Meilleure en tout cas que celle de Leia, qui pour le coup nous emmène faire un tour de montagnes russes dans la vallée de l’étrange. Le grand Moff évoluant dans les décors plutôt sombres de l’Empire profite sans doute d’un éclairage moins franc que la pauvre sénatrice Organa qui toute de blanc nimbée laisse assez aisément entrevoir son artificialité.
Malgré cette petite réserve, il faut dire que l’astuce fonctionne tellement bien que l’on sentait presque l’odeur méphitique de ce bon vieux Tarkin traverser l’écran.



Etrangement, malgré pas mal de points positifs, « Rogue One » échoue à être autre chose qu’un divertissement honnête et bien calibré, jouant dans la cour des petits, alors qu’il avait sur le papier quelques qualités réelles qui n’ont jamais été transformées. Est-ce dû au choix d’un réalisateur qui peine à forger le moindre souffle épique ? Non, car si la plus grande partie du film se regarde avec un intérêt poli, Gareth Edwards trouve un ton juste dans son dernier acte, certes pas brillant mais bien troussé, possédant une bonne tension dramatique. Evidemment, le jour où Disney choisira quelqu’un de vraiment inspiré pour piloter un projet Star Wars, on sera tous ravis de l’apprendre. Est-ce alors dû au fait que le scénario, s’il possède quelques originalités de ton et de forme dans la franchise ciné Star Wars ne parvient pas non plus à se donner l’ampleur qu’il mérite, peut-être à cause de réécritures trop profondes ayant fini par le rendre mécanique ?
Est-ce parce que l’argument du film en lui-même est inutile et comme il ne se trouve jamais transcendé par la mise en scène ou l’écriture, il ne parvient pas à créer le moindre cercle vertueux autour de lui ?



Est-ce tout simplement parce qu’il faudrait peut-être se rendre à l’évidence que « Star Wars » sur grand écran, c’est fini, que la magie de la trilogie n’opérera plus jamais, que l’univers bien que vaste est désormais inapte à porter quoi que ce soit de vraiment enthousiasmant ? Certainement pas. Seulement, il faudrait d’autres logiques à ces productions pour se sortir du cycle infernal de la redite et de la nostalgie. Il faudrait de l’audace, de la vraie, et une rupture aussi franche que brutale avec la saga des Skywalker. George Lucas a créé quelque chose d’aussi vaste qu’une galaxie, dont l’histoire se déroule sur des milliers d’années, et on ne trouve encore qu’à raconter l’histoire des mecs qui ont volé les plans de l’Etoile Noire ? Genre la prochaine fois c’est quoi ? L’histoire du chauffeur de la princesse Leia ou du concierge de Palpatine ?



Parce que ce problème de fond que j’évoquais plus haut réside précisément ici. Dans le fait que « Rogue One » ne fonctionne vraiment que lorsqu’il cite ouvertement la trilogie en recyclant son personnage le plus iconique, en réalisant une prouesse technique pour ramener un acteur à la vie, en faisant une jonction de qualité entre la fin de ce spin off et le début de l’Episode IV… Mais en lui-même, « Rogue One » est totalement anecdotique et le début du film ne sert qu’un seul et unique but : amener le spectateur vers un climax final fonctionnant vraiment bien, mais dont les tours de force ne conduise que dans une unique direction, introduire le film légendaire grâce auquel tout a commencé. Finalement, cette intention suffit à faire baisser l’interêt de « Rogue One » en tant que film, supposé fonctionner tout seul avec des qualités propres. Inexistantes, elles ne font que mettre en relief une triste réalité, celle que pour nous faire rêver, le Star Wars des années 2010 est obligé d’invoquer les spectres de la trilogie et de la prélogie. Dans le genre carburant nostalgique, ça se pose là.

Alors même qu’il prouve que l’on peut encore se faire plaisir devant un film « Star Wars », « Rogue One » marque aussi le début d’une ère nouvelle, celle où les films s’empileront comme des produits dans une gondole. De temps en temps, ça marchera et il y aura un ou deux titres de la gamme à sortir du lot. Et puis pour les autres…



Note : */*

Commentaires

1. Le samedi 24 décembre 2016, 18:45 par ILDM

Critique qui rejoint pas mal mon point de vue même si finalement j'aurais passé un bien meilleur moment que pour le 7 , après je trouve que le film a aussi un petit mérite : Il améliore encore davantage à mes yeux l'épisode 4. Pour le reste , on sent que les remaniement du scénar on tout fait pour rendre le film moins dark qu'il aurait dut. Bref sale période en ce moment à holywood de toute façon pour sortir autre chose que du formaté :/

2. Le lundi 26 décembre 2016, 09:55 par Bigregirl

Elle est de retoooooour! J'attendais ça depuis si longtemps, et vous revenez pour Rogue One, mais quel symbole! :D

Sinon, nous sommes d'accord en tous points. Rogue One m'a donné un gout d'inachevé intense, je me suis ennuyée la plupart du temps, les personnages étaient insipides et si mal écrits... Affreux. Et puis, cette fin a remonté le niveau, parce que si on doit remettre un truc à RO, c'est qu'il permet un marathon honnête et une belle fusion avec l'Episode IV. (Et James Earl Jones qui dézingue du Rebelle, et même si ce n'est pas lui, chut, je suis faite de peu de choses)

A part ça, j'ai beaucoup aimé Chirrut Îmwe, qui semble selon moi être le seul personnage bien construit, peut-être aussi parce qu'il n'a pas été réécrit en cours de route...

PS: Pourrait-on arrêter de caster Mads Mikkelsen pour ne rien lui faire faire? J'en ai marre de m'émoustiller pour rien... -_-

3. Le dimanche 1 janvier 2017, 12:38 par La Dame

@ ILDM : comme je suis une grosse quiche, j'ai transgressé ma directive première consistant à écrire plus de trucs en rapport avec le billet sur le blog que sur Facebook, donc je fais un copier-coller de ce que j'ai mis sur la page :
C'est pas le formatage le problème, loin de là.
"Titanic" est un chef d’œuvre répondant au format des grands classiques hollywoodiens. "Un Nouvel Espoir" est aussi un film très formaté, suivant à la lettre une formule d'histoire à succès. Et pourtant, c'est un monument du 7e art.
Le souci ne vient pas, et ne viendra jamais du formatage hollywoodien. Ce formatage répond à un objectif essentiel : s'assurer l'adhésion du public le plus large possible. Ceci dans le but de générer un maximum de profit, le cinéma est une industrie. Mais cette idée de fédérer le plus possible est aussi une aspiration d'artistes, ces derniers rêvant tous de faire entendre leur voix et percevoir leurs intentions au plus grand nombre. Le formatage hollywoodien n'est pas incompatible, bien au contraire, avec la qualité artistique. Ce qui donne cette illusion, c'est que les grands films ou même, sans aller jusque là, les films de très bonne qualité, sont plus rares que les œuvres médiocre ou moyennes. Simple question de statistique. Quand on regarde en arrière, dans n'importe quel domaine artistique, on a toujours l'impression que ces époques passées grouillaient de génies et de grandes œuvres. Mais pour un De Vinci, un Rembrandt, combien de peintres doués, talentueux mais dénués de génie dont les œuvres ornaient pourtant les murs des amateurs ? Pour un Mozart, combien de Salieri ou compositeurs moindres mais qui ont inondé les salles de concert avant de sombrer dans l'oubli passé une période de célébrité éphémère ?
Pour "Un Nouvel Espoir", combien de "Réveil de la Force" ?
Le fait est aussi que le cinéma produit énormément de films et que cette prolifération actuelle nous inonde d’œuvres tournant souvent autour de thèmes similaires, utilisant donc des formats cousins sinon identiques. Résultat, on a le sentiment, bien légitime du reste, d'être soumis à un tir continu de produits calibrés et peu inspirés.
Mais il faut relativiser. Je reprends l'exemple de De Vinci. Sa Vierge aux Rochers est un thème d'une banalité affligeante en son temps : Marie et l'enfant Jésus, représentés comme tout le monde le faisait à l'époque, et le futur saint Jean-Baptiste en adoration, et un ange dans le coin, supayr, tu t'es pas beaucoup creusé la soupière sur ce coup là, Léonard... Même tes codes sont stéréotypés as fuck, avec ta Vierge en manteau bleu, TOUT le monde le fait, merci l'originalitay.
Sauf que de la masse impossible à évaluer des peintres ayant fait des Vierges à l'enfant avec le frakking manteau bleu, les bébés à poil et l'ange dans le coin, surnage une minorité, dont fait parti ce tableau. Son thème n'est pas original, ses codes sont éculés au possible, mais l'exécution est magistrale et justifie que cette œuvre ait traversé les siècles (attention, cela ne veut pas dire que toutes les autres variation sur ce thème méritaient forcément l'oubli, il va de soit que l'aura particulière de De Vinci joue dans la conservation de ses œuvres, ce qui n'enlève rien d'ailleurs à leurs qualités intrinsèques).
Le formatage n'est pas et ne sera jamais un gage de piètre qualité. C'est l'artiste aux manettes du projet formaté qui définit le résultat final. Et il revient au commanditaire de bien choisir.
Disney choisit de ne pas prendre de risques en optant pour des Yesmen, mais honnêtement, tous les commanditaires d’œuvres font ce genre de calculs. Je reviens sur De Vinci, qui a du rater pas mal de contrats au profit de ses camarades moins talentueux, car qu'il avait la mauvaise réputation de ne jamais terminer ce qu'il entreprenait. Le choisir c'était risquer d'investir des sommes conséquentes pour une œuvre qui ne verrait jamais le jour. Le pari était risqué pour le commanditaire. Simple question de bon sens. A l'époque, l'art était aussi un business, étroitement lié à la politique ce qui n'incitait guère à la grosse prise de risque.

@ Bigregirl : Mads Mikkelsen cachetonne une fois de plus, en effet :/ ce qui est un gros gâchis. Pour ce qui est de "retour", je parlerais plutôt de "vacances", ce qui me laisse plus de temps de cerveau disponible pour écrire des trucs ici. Du coup, je ne sais toujours pas si je vais avoir le temps pour "Moana" :(

4. Le mardi 10 janvier 2017, 15:18 par Melloctopus

Les anciens Star Wars avaient une grande qualité : ils sortaient tous les trois ans. De ce fait, le public avait le temps de digérer les films, les revoir, les analyser et en avoir un avis globalement cohérent sur leur valeur (malgré les extrémistes de la force). Avec Disney, et leur politique du un film par an, on a pas ce temps de digestion oh combien important dans un tel univers. Il en résulte que chaque film finit par être comparé à son prédécesseur.

Pour ma part, et tu le sais, ayant tellement été déçu par l'étron portant le numéro 7, j'ai du coup été pendant tout Rogue One très indulgent avec ce que j'avais sur l'écran. Oui clairement la première heure est chiante, la musique est foireuse par moment, les personnages sont super mal écrits (bon Jyn sera toujours mieux que la carpe de Rey à mon goût), mais bizarrement la magie a fonctionné. Je suis sorti de la salle, j'avais l'impression d'avoir vu un Star Wars. Pas le meilleur certes, mais j'avais vu un Star Wars, ce qui ne m'était pas arrivé depuis la sortie en 3D en salle de l'épisode 1.

En revanche, le point sur lequel je ne suis pas trop d'accord avec toi concerne Gareth Williams. C'est pas un génie de la mise en scène, mais force est de reconnaître qu'il gère pas mal dès qui s'agit de filmer les grands espaces et de donner une notion de gigantisme à ses plans. J'ai particulièrement apprécié sa mise en scène de l'Etoile Noire, me faisant littéralement redécouvrir la station spatiale sous un nouveau jour.

5. Le jeudi 12 janvier 2017, 19:12 par La Dame

@ Melloctopus : oui, Gareth Edwards sait gérer ses échelles, il l'avait déjà montré dans "Godzilla". Le hic, c'est que dans un "Star Wars", savoir faire ça, limite, ça devrait être un prérequis. Comme dans tout space opera, d'ailleurs.

6. Le vendredi 13 janvier 2017, 09:16 par Melloctopus

Prérequis que n'avait pas franchement Abrams....

7. Le vendredi 13 janvier 2017, 10:13 par La Dame

@ Melloctopus : non Abrams il sait faire des effets de manche, mais en effet, ce n'est pas un super technicien, et cette qualité d'Edwards, il ne l'a pas.

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