24 oct. 2016

Toilettes en eaux profondes ("Par le pouvoir de la traduction littérale !!!!)

Ayé c’est les vacances. Je m’en vais donc grossir les régiments de ces grosses loques de profs partant en congés, haters gonna hate toussa. 15 jours pour se reposer, préparer les cours de la reprise, et une fois celle-ci passer, passer deux semaines à remettre les élèves au travail, les faire effectivement bosser avec un succès mitigé selon les classes pendant deux semaines, enquiller sur l’avant dernière semaine avant les vacances qui sera consacrée quasi exclusivement à leur faire comprendre que sisi, je vous jure, il reste encore une autre semaine complète de cours après celle-ci, et une fois parvenu à icelle, concentrer l’essentiel de ses efforts non pas sur les faire travailler ou apprendre des trucs, mais à simplement tenir la classe because Noël, because Nouvel An, because quel élève a la tête à ses cours dans les 5 jours qui précèdent des vacances je vous le demande ?

Comme disait notre bonne reine Guenièvre : « il en faut des compensations pour encaisser toutes ces conneries ! »

Je me suis donc plongée dans la pâte d’amande le dernier film de Peter Berg, et le mot plongé est ici un choix totalement fortuit mais néanmoins heureux because « Deep Water », because forage, because ROV, because TU SERAIS PAS UN PEU PERDUE DANS TA PROPRE INTRO DES FOIS / TOTALEMENT OUI / LEO CAY A TOI


Vous aviez toujours rêvé d’une préquelle à « Armageddon ». Vous aviez toujours rêvé de voir Mark Walberg recouvert de pétrole. Vous avez toujours rêvé d’un bon film avec des méchants dinosaures. Vous avez toujours rêvé de n’aller voir que des bons films au cinéma. Ne cherchez plus, sortez vos plus belles cartes de crédit et rendez-vous dans votre cinéma le plus proche, on se retrouve juste après pour débriefer « Deep Water », un film qui fait le café vachement mieux que « Miss Peregrine », du so called TimBurtonTM, au sujet duquel je renonce à faire un billet tellement je suis colère de voir mon Eva Green se fourvoyer dans ce genre de production aussi étranges et décalées que votre cousine Lilou le jour où elle a décidé de devenir gothique pour faire rager ses parents.




Dire qu’il n’y a pas de sujet moins original que celui de « Deep Water » est un faux procès à faire au film, qui une fois de plus prouve que la manière de raconter une histoire prime sur l’histoire elle-même. Sur ses fondamentaux et sur sa structure, « Deep Water » vient tout de même lorgner du côté de « Titanic », « Jurassic Park » ou encore du plus récent « Au Cœur de l’Océan », avec lequel il fonctionnerait très bien en diptyque, une idée pour vos prochaines soirées. Accompagnez le tout avec de l’houmous et du guacamole, vous m’en direz des nouvelles.

En 2010 dans le Golfe du Mexique, à l’occasion d’une rotation du personnel de la station de forage Deep Water Horizon, le patron Mr. Jimmy constate que BP, la compagnie exploitant ses équipements, a renvoyé l’équipe chargée de s’assurer de la sécurité du puit sans procéder aux tests d’usage. Très légèrement contrarié sur les bords, Mr. Jimmy et le reste de son équipage vont devoir composer avec les décisions des cols blancs de BP qui ne tarderont pas à littéralement leur explosez au visage.


Littéralement comme ça

Peter Berg, un petit gars qu’il faut suivre de près, aime tout particulièrement coller aux sujets d’actualité qu’il parvient à analyser avec une belle acuité. Peut-être pas appelé à devenir un très grand metteur en scène de la trempe d’un Spielberg ou d’un Cameron (que j’invoque ici parce que je les ai cités plus haut), il continue de développer ses qualités de narrateur tout aussi capable de produire de grandes et belles scènes d’action que de livrer de très beaux portraits de personnages. Ce qui en fait un très bon réalisateur. Et c'est déjà vachement bien.
Au sein de sa filmo, « Deep Water » fait presque désormais office de produit classique, œuvre caractéristique des obsessions et des qualités de son auteur.
Elle n’en reste pas moins intéressante par ses partis pris très efficaces et sa capacité à entrer de plain-pied dans le drame sans se vautrer dans le pathos. Même les scènes finales où le personnage principal, joué par Mark Walberg, se fait rattraper par le stress post traumatique avant de retrouver sa famille, s’écartent des tartes à la crème grâce l’impeccable construction du personnage tout au long du film.



« Deep Water » est assez proche de « Du Sang et des Larmes », autre film de Peter Berg starring Walberg, par sa structure et son efficacité dans la mise en place des personnages et des enjeux.
Les deux films pivotent tout deux autour d'un choix, dont les conséquences s'avèreront désastreuses.

Conscient que son intrigue et sa mise en tension vont tourner autour d’une catastrophe industrielle et écologique, Peter Berg fait un choix très intéressant pour incarner la menace dormant sous les fonds marins. Comme Juan Antonio Bayona il y a quelques années dans « The Impossible », Berg prend le parti de décrire la menace comme un monstre. Une approche qui ajoute une dimension très intéressante à sa narration puisqu’elle fait franchir au film les portes du questionnement métaphysique.
Au travers d’une scène, Peter Berg verse dans le fantastique, en faisant expliquer les principes de base du forage de pétrole par une enfant. Enfant qui décrit le pétrole non pas comme une huile noire amenée à devenir une énergie, mais comme des dinosaures rendus fous de rage par des millions d’années de compression sous le manteau terrestre, près à libérer leur fureur à tout instant.
L’habile rappel de cette nature fantastique du pétrole dans le récit se fait lorsqu’un collègue de Mark Walberg donne à ce dernier une griffe de dinosaure remontée par le pipe line. Sous couvert d’être un cadeau pour sa fille qu’il cherche à obtenir depuis longtemps, cette griffe rappelle subtilement la dangerosité de la situation et la violence primitive et implacable de la prochaine « attaque ».
Outre l’agressivité contenue symboliquement dans un objet tel une griffe de dinosaure, je me demande si Peter Berg n’a pas cherché également à recycler celle présente dans « Jurassic Park », cette griffe que le professeur Grant trimballe sur lui durant toute son aventure. Source d’émerveillement dans un premier temps, elle devient à mesure que le film révèle que leur porteur existe bel et bien et se promène en liberté dans le parc, la promesse d’une mort sadique (de la démonstration de la mise à mort par un raptor qu’il fait au jeune enfant sur le chantier de fouille, à la griffe avec laquelle le raptor bat la mesure lorsqu’il entre dans la cuisine où se sont réfugiés Lex et Timmy). Le motif de la griffe était si bien construit dans « Jurassic Park » qu’il peut parfaitement être utilisé comme outil narratif dans un film évoquant lui aussi l’impuissance de l’humain face à des forces primitives qui le dépassent.



Comme « Au Cœur de l’Océan » de Ron Howard l’an dernier, « Deep Water » oppose intérêts financiers et dérive d’une société galopant vers le progrès au mépris du danger. De la même manière, les deux films traitent d’un péril réel, incarné dans le récit par un monstre naviguant aux frontières du réel. Si dans « Au Cœur de l’Océan », le monstre finissait par se faire comprendre et disparaissait, sa mission accomplie, ici la leçon est plus âpre, car si on apprend que les survivants ont quitté ou la mer ou l’industrie pétrolière, « Deep Water » n’offre aucune porte de sortie, aucune lueur de rédemption possible.
Un état de fait qu’ « Au Cœur de l’Océan » avait par ailleurs préfiguré dans son final prophétique sur les premiers puits de pétrole américains, amenés à tuer le commerce du blanc de baleine, déjà moribond.

De la même manière que le film de Ron Howard, « Deep Water » investit une grande part de son introduction à plaquer les enjeux stratégiques de l’exploitation pétrolière et donc à introduire les enjeux financiers qui animent les envoyés de BP. La mise en scène du départ des divers personnages vers la station se fait au travers de plans les montrant dans divers véhicules, tous filmer de manière à appuyer l’énergie qui les meut. La mission des employés de la station et de BP est définie d’entrée de jeu comme cruciale, sinon vitale pour une société et par extension une civilisation entière.



Vitaux aussi, les liens de confiance entre le personnel de la station, tous liés par des scènes d’exposition placées logiquement durant le tour de contrôle des équipements que réalise le patron et son chef électricien. L’équipage de Deep Water Horizon est volontiers filmé dans ses interactions dans des plans larges, ou des scènes de dialogue dans lesquels chaque personnage est présent dans le champ. On remarque dans les discussions avec les gens de BP opposent dans leurs champs / contre-champs les deux groupes, distingués aussi par le costume, chemises impeccables pour les clos blancs contre bleus crasseux pour les employés, une logique narrative certes, mais aussi un moyen de distinguer ceux qui se salissent les mains de ceux qui récoltent les profits à leur dépend. Alors que les employés de la station connaissent intimement leur métier, recouverts qu’ils sont de résidus de pétrole et de boue, le personnage de John Malkovich va se pointer, dans sa chemise immaculée, au-dessus du pipe, où il sera littéralement éclaboussé par son erreur. Comme Bruce Ismay dans « Titanic », il parviendra pourtant à s’en tirer, gagnant à temps les canots sans le moindre scrupule d’y prendre la place d’un employé dont il a pourtant sciemment mis la vie en danger.



Dans le même ordre d’idée, le patron prend la décision de lancer les opérations juste après une scène où il reçoit un prix de la part de BP. Scène qui le représente encadré de représentants de la compagnie. On le sent gêné mais il accepte, tandis que le spectateur perçoit lui la manœuvre à laquelle se livre BP, l’éloignant du poste de commande des opérations de forage pour isoler les techniciens, enfermés dans une cabine grillagée, pris au piège, avec le reste de l’équipe BP. Mr. Jimmy, tout patron qu’il est, se fait alors isoler par la mise en scène. Il reçoit son pris en pleine lumière devant une cantine où l’équipage est rassemblé mais filmé comme une masse floue et anonyme. Puis, il prendra sa décision de poursuivre les opérations par téléphone. L’idée ici est très claire, montrer que l’isolement, l’absence de liens directs, donc d’affect et d’empathie d’homme à homme, conduit à la catastrophe.
Les interactions entre membres d’équipage sont toujours empruntes de bonhommie, Peter Berg créant un lien organique entre les hommes et les femmes opérant sur la station. Un lien renforcé par cette connaissance intime, presque mystique, qu’ils semblent tous avoir des dangers tapis au fond de l’océan. Ils diffèrent en ceci du personnel BP, pièce rapportée sur Deep Water Horizon, isolée du reste de l’équipage par la mise en scène et aussi par ses costumes, dont les couleurs et l’aspect working boy font immanquablement tache dans cet univers.



« Deep Water » est un authentique film de monstre, dont l’impeccable construction repose en partie sur l’annonce initiale de la catastrophe. C’est en effet la voix d’un rescapé qui ouvre le générique sur fond noir (un peu à la manière dont « Zero Dark 30 » utilisait les archives des appels au 911 pour poser le contexte de la traque de Ben Laden avec une efficacité confondante), décrivant l’instant où le pire se produit, créant un climat d’angoisse dès les premières secondes. Une idée habile pour gérer le suspens en annonçant le drame à venir (comme Spielberg l’a fait dans « Jurassic Park », dont la première scène met en scène la petite futée, encagée mais malgré tout capable de tuer un homme du pourtant impeccable dispositif de sécurité), mais aussi une mise en abime évidente, imposant l’idée que la tragédie nous pend au nez et que l’on sait tous pertinemment qu’elle finira par se produire. « Quand » demeurant l’unique inconnue. « Deep Water » repose dans la première moitié sur ce compte à rebours entre le survivant annonçant dans un document d’archive ce qu’il faisait au moment de l’éruption du puit, et le cheminement vers cet instant, jalonné de décisions conduisant à la catastrophe, inéluctable.
« Deep Water » est en ce sens une tragédie parfaite dans la forme, à la fois efficace dans ses ressors primaires, mais aussi signifiante pour son public dans ses enjeux plus globaux.

Peter Berg démontre une nouvelle fois que l’on peut parfaitement raconter une histoire à base d’explosions, de morts et de Mark Walberg et livrer une œuvre percutante, complexe et introspective.

Note : ***

Commentaires

1. Le lundi 24 octobre 2016, 16:14 par Melloctopus

Peter Berg, le gars qui a un nom de race de starcraft, capable du meilleur (Le Royaume, Very Bad Things) comme du pire (le nanardesque Battleship avec Rihanna). J'attendrai surement que celui-là soit en téléchargement, mais tu donnes envie de le voir.

2. Le lundi 24 octobre 2016, 19:43 par La Dame

@ Melloctopus : "Battleship" c'est de l'authentique nanar. Berg assume totalement de faire du MichaelBay plus demeuré que "Transformers" tu meurs, sans pour autant prendre son film au second degré en mode "je suis au-dessus de ces conneries". Du coup, j'ai une certaine sympathie pour ce film. Qui se laisse bien regarder en plus (il reste plus digeste qu'un "Transformers" moyen, visuellement du moins.

3. Le samedi 29 octobre 2016, 20:49 par De passage

On a tous une cousine Lilou devenue gothique pour faire enrager les parents! ;)

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