02 août 2016

"Nous serons des conquérants"


Malgré un succès pour le moins mitigé dans nos contrées, "Warcraft : Le Commencement" a rencontré la gloire qui lui faisait jusqu'alors défaut en Chine. Sacrés Asiatiques, qui ont décidément toujours le bon goût de sauver ce que nous, pauvres Occidentaux cyniques et blasés, boudons.
En disant cela, je pense entre autre très fort à "Pacific Rim", un film dont j'ai vraiment hâte de découvrir la suite, au contraire de ce "Warcraft". Car si je viens de tresser des lauriers aux Chinois, c'est davantage pour saluer leur enthousiasme et leur dynamisme en matière de cinéma que pour les remercier d'être en train de bâtir des rails pour un "Warcraft 2 : La Suite".
Parce que si le mot "déception" était adapté sur grand écran, il serait réalisé par Duncan Jones et il y aurait Travis Fimmel à l'affiche.
Sans être dénué de toute qualité, "Warcraft" s'avère n'être rien de plus qu'une énième adaptation foireuse d'un univers de jeu vidéo, échouant comme souvent à se rendre compte qu'elle est avant tout supposé être un bon film. Eparpillé, inégal, "Warcraft" n'est malheureusement pas en mesure de détrôner le "Silent Hill" de Christophe Gans du rang de "c'est carrément perfectible, mais qu'est ce que ça fonctionne bien en tant que film, bon sang !!!".




Avec ses 11 millions de joueurs au sommet de sa forme, « World of Warcraft », produit par Blizzard Entertainment, est encore aujourd’hui l’empereur du MMoRPG, quand bien même il est payant, quand bien même « lé grafism son lai », quand bien même « C pa orginal », quand bien même il sort un WoW killer tous les deux ans, quand bien même « non mais là, c’est le chant du cygne hein », quand bien même c’est sans doute une réalité aujourd’hui après 12 ans d’existence au top niveau du vidéo ludisme, quand bien même il faut dire vite « top niveau ».
Blizzard a fait mieux que réussir son coup, parvenant à la synthèse entre un jeu accessible à ton cousin Toby et une expérience capable de satisfaire les exigences de Marie Roxx, sa soeur ainée h4rd c0r3 gamer, sur une période de près de 6 mois, avant qu’elle ne migre vers un WoW Killer forcément *profondeinspirationavantledéferlement* plus beau meilleur scénario meilleur game play un vrai contenu PvE HL plus mature moins casu, tout ça pour revenir la queue entre les pattes l’extension suivante, au motif que « bouh, les serveurs de mon dernier WoW Killer sont déserts et puis il vient de passer en free to play ce qui veut dire qu’il va attirer tous les Kevin du multivers et puis de toute façon, j’ai toujours cru en WoW blablabullshitbla ».



S’il est évident que WoW c’est en effet casualisé, c’est surtout parce que Blizzard a suivi l’évolution des pratiques des joueurs. Pratiques qui ont sans doute en partie évolué…. A cause de Blizzard. « World of Warcraft », par sa popularité, sa prise en main facile, son univers riche, la diversité des expériences de jeu proposé, a drainé un public qui jusqu’alors, n’avait sans doute jamais vraiment touché aux RPG, ni aux MMo, d’ailleurs. Devant cet imposant marché, la sortie de projets concurrents, les fameux WoW Killers, a introduit dans ce type de jeux, des nouveautés que Blizzard s’est empressé de copier afin de les inclure dans ses extensions. En reprenant ce qui fonctionnait le mieux chez les autres, WoW s’est constamment adapté à la demande, et à son public. Or, ce public élargi est semble-t-il de moins en moins demandeur d’expériences hautement coopératives. La tendance actuelle aux MMo solo, qui incontestablement casualise les jeux, est le résultat de cette ouverture à un très large public du MMo en général.

« Par la sainte culotte d’Andrasté, mais de QUOI elle nous parle là ? »

De rien, je vous parle de rien. Je suis incapable de décoincer le moindre billet depuis des mois alors, mayrde, je dis ce que je veux !

Well, well, « Warcraft » DA MOVIE, a donc pop sur nos grands écrans, quelques mois avant la sortie de « Légion », sixième extension de « World of Warcraft », ce qui en fait est quasi un hasard complet. Si.
Annoncé dès 2006, le film sur l’univers de Warcraft a un peu patiné dans la semoule quelques années, le temps de prendre la mesure des technologies à disposition pour réaliser un film live avec de vrais acteurs dans la peau des diverses créatures peuplant cet univers, celui aussi de mettre le feu à la geekosphère en annonçant que Sam Raimi dirigerait le projet, juste avant de



(Question tout à fait sérieuse : est-ce-que je suis la seule à ne pas m’en être encore remise ?)

Puis le projet échut à Duncan Jones, réalisateur de « Moon » et « Source Code », deux œuvres fantastiques du côté SF de la Force. Plus, Duncan Jones est un grand fan de la franchise Warcraft et un joueur de WoW. PLUS, IRL, il est le fils d’un elfe.
Entre un réalisateur gamer, et les studios Blizzard très impliqués dans le processus créatif, sans parler du bond technologique assurant un minimum de qualité dans le rendu de cet univers au design cartoonesque assez particulier, il ne manquait que les premiers trailers pour rassurer une communauté un tantinet fébrile, dont je faisais partie.

Qu’est-ce qui pouvait mal se passer ? Hein ? Franchement ?

« Ça devait pas se plier dans ce sens-là !!!! »

« Warcraft le Commencement » nous compte l’histoire, comme son nom l’indique, de l’entrée d’Azeroth dans l’histoire, avec un grand H.
Azeroth, « pale blue dot » sur le velours infini de l’espace, reliée malgré elle par un portail aussi démoniaque qu’il est tape à l’œil à Draenor, « pale not so green any more dot » sur le velours infini de l’espace.
Draenor, patrie d’un peuple farouche et fier, les Orcs, massifs humanoïdes à la peau brune, guerriers et chasseurs, forgés dans un code d’honneur et bercés de chamanisme, en phase avec les éléments, la nature, et adeptes de piercings dans les défenses, je veux dire, pourquoi pas, mais ça doit être super douloureux.



Des années avant que notre histoire commence, Draenor fut abordée par un vaisseau spatial (si vous vous demandez ce qu’un vaisseau spatial vient faire dans une histoire aves des Orcs et que cela vous choque, c’est que « VOUS N’ETES PAS PRETS ») en provenance du monde d’Argus. A son bord, les Eredars, créatures aussi bleues que des Na’vi mais moins dans le délire chasse, pêche, nature et traditions.
Versés dans les arts occultes type magie et autres salamalecs à base de sorcellerie, les Eredars avaient été séduits puis trahi par le démon Sargeras. Attiré par la maîtrise que les Eredars avaient des énergies magiques, il les avait approchés afin d’en faire les champions de sa Croisade Ardente, vaste opération interstellaire dévoreuse de mondes.
Lorsque Sargeras offrit aux Eredars ses pouvoirs, certains parmi eux découvrirent avec horreur que ce don faisait d’eux des démons. Argus corrompue par la gangrénergie de Sargeras, les Eredars réfractaires à ses promesses prirent alors la fuite à bord du Genedar, gigantesque vaisseau qui finit par échouer, après des siècles et des siècles d’errance, sur une planète verdoyante.
Ce furent ces Eredars, qui s’étaient rebaptisés « Draenei » (« les exilés »), qui donnèrent son nom à ce monde, Draenor, où ils vécurent en paix avec les clans orcs.



Mais le calme fut de courte durée et Sargeras retrouva bientôt leur trace. Insidieux comme toujours, les démons ne cherchèrent pas séduire les Draenei, mais les Orcs. Vierges de toute connaissance et de toute méfiance vis-à-vis de la gangrénergie (j’appelle le « Fel » comme ça si je veux), ils se laissèrent abusés par les immenses pouvoirs qui leurs étaient offerts et bientôt, convaincre de s’étendre sur d’autres mondes. Devenus les agents de la Croisade Ardente, ils édifièrent, sous les ordres du chaman Gul’dan, la Porte des Ténèbres, portail magique devant les mener vers une terre riche, où ils pourraient prospérer.
Sur Draenor, le retour des démons se traduisit par une corruption de la plus part de la planète, et une guerre entre les clans orcs et les Draenei. Trop peu nombreux, ces derniers ne purent résister à la puissance des guerriers de Gul’dan et se retrouvèrent bientôt réduits en esclavage, ou simplement exterminés.
Un groupe parvint à s’enfuir, à bord du vaisseau Exodar, mais ceci est une autre histoire.

Poppoppop, background dans vos faces, c’est gratuit, prenez-en !



Ce qui est aussi gratuit, c’est moi déclarant que dans le fond, « Warcraft le Commencement » ne gère pas si mal ces éléments de background. Si on met de côté les pinaillages de sachants qui déploreront le traitement anecdotique des Draenei, globalement, on retrouve plutôt bien cette idée d’un peuple corrompu, piégé par son propre orgueil, miné de l’intérieur par des forces sombres.
Mais ça, c’est au début, parce que très vite, le film va commencer à patauger dans la gangresemoule (#GrangeMetzenLeTrèsAncien).

Lorsque l’on s’empare d’un univers aussi riche que celui-ci, il y a diverses solutions d’adaptation :

-on balance toute la sauce pour brosser le fan dans le sens du poil et lui canarder la rétine de références et autres clins d’œil. Ce qui risque de laisser un peu désemparé le public moins voire pas du tout connecté au lore en question.

-on prend UNE histoire, quelques personnages, et on se concentre EXCLUSIVEMENT sur eux, jusqu’au bout. Ainsi, apparaitront au fil de l’histoire des éléments de contexte que l’on n’explicitera pas, mais qui laisseront entrevoir la richesse du monde et sa complexité.

Maintenant, devinez quelle option a été retenue par le réalisateur gamer et ses copains de chez Blizzard en train de suivre de très près le développement.

«-Vas-y, rajoute un murloch !
-Balance des scènes dans la taverne de Goldshire !
-Et un tromblon ! Mon royaume pour un tromblon !!!
-Sheeeeeeeeeep !!!!!!»

J’avoue avoir un peu de mal à juger objectivement du parasitage du fan service dans ce film. Le propre du fan service étant de vous proposer des éléments qui vous parlent, intimement, afin de satisfaire votre sentiment d’appartenance à l’univers donné. Cependant, il m’a semblé que le récit se retrouvait un peu recouvert par la multitude des références visuelles et géographique, sans parler de celles contextuelles, qui à part balancer plus de noms propres à la minute qu’une chanson de Vincent Delerm, ne servaient pas à grand-chose en matière de développement des personnages.
Exemple : le film ouvre côté humain sur Lothar se faisant offrir un tromblon à Ironforge, capitale du royaume nain. Cette arme sera utilisée une seule fois par la suite, sauvant la vie du héros. Là, comme ça, on pourrait se dire que cela respecte le principe du « si c’est à l’écran il faut que ça serve » #tromblondechekov, mais dans le fond…



Dans le fond, le film présente surtout l’affrontement entre les Orcs et les Humains. Que les humains aient des alliés d’autres races, soit, mais était-ce réellement nécessaire de nous perdre dans une scène de quelques minutes dans une ville que l’on ne reverra plus jamais par la suite, afin de nous montrer deux plans d’un peuple dont les productions, l’ingéniosité etc ne seront par la suite pas réellement exploitées ? Les choses auraient été différentes si l’on avait par exemple mis en avant la nécessité d’une alliance entre Stormwind et Ironforge, cette dernière mettant ses armes à feu à contribution dans la guerre contre les Orcs.
Or le film se contente de poser comme un fait établi que tous les soldats humains possèdent des tromblons. Du coup, l'escale à Ironforge aura servi à



De la même manière, toute la sous-intrigue de Khadgar pistant une mystérieuse silhouette pour recevoir un oracle d’Aegwynn (ne râle pas, j’y reviens) dans la Citadelle Pourpre est bien sympathique pour le fan, ne serait-ce parce que Dalaran quoi…
Elle est assez fidèle au lore, sur cela, rien à dire, mais concrètement, elle alourdit le récit en introduisant des éléments trop rapidement évoqués, comme et bien, Dalaran, justement, le Kirin Tor, sans parler de questions existentielles du type « pourquoi Glen Close vit dans un cube ? »



Exclure cet élément du film aurait pu être considéré de la part des fans comme une trahison et donc, conduire à une accusation de « mauvaise adaptation bouhou ».
Soit. Mais bon, tant qu’à pinailler, allons-y gaiment !

-Dalaran est présentée dans le film comme une cité volante, ce qu’elle n’était absolument pas à l’époque, aller, BIM, le lore.

-normalement, ce n’est pas Aegwynn qui est dans le cube, mais un mage elfe du nom d’Alodi. Bizarrement, le générique mentionne bel et bien Alodi. Donc si on résume, on a un personnage féminin assez âgé correspondant plutôt à la description d’Aegwynn, mais qui porte le nom d’un autre personnage supposé lui être un homme, plutôt elfe, donc plutôt jeune d’apparence rapport au fait que selon le lore, les elfes ont toujours leur immortalité à cette époque (ils sacrifieront ce don bien plus tard, en sauvant Azeroth des griffes du démon Archimonde). LE LORE EN PLS, LE LORE NE REPOND PLUS.

A partir du moment où en voulant satisfaire au fan service, le film fait ce qu’il veut avec l’univers de Warcraft, est-ce vraiment essentiel d’inclure TOUS les éléments de l’histoire juste pour satisfaire au fan service ? Où est la logique ?

A côté de ça, la micro scène avec un murloch au premier plan devient inoffensive.

« Cours, petite fille ! »

Point que je n’aborde quasiment jamais, les acteurs de « Warcraft » m’ont à ce point achevée que je suis carrément disposée à parler d’eux.

Dominic Cooper, dans le rôle du roi Llane est simplement parfait dans le rôle de « Dominic Cooper doesn’t give a fuck about this shit». Les joies du service minimum. Cooper est un peu coutumier du fait, ses performances oscillant entre le très bon et le « ranafout » suivant l’intérêt qu’il porte à la production. On ne peut pas reprocher au gars d’avoir envie de travailler et pour se faire, d’accepter moult projets en lesquels il croit moyennement, mais ça reste tout de même du gâchis.

Mais moins que Travis Fimmel. Dis voir, petit, toi et moi entretenons des rapports conflictuels basés sur le fait que la série qui t’a fait connaitre au monde entier est écrite avec un pied gauche et que tu as le malheur d’y composer un personnage fascinant mais plombé par la qualité fluctuante entre passable et moyen moins de « Vikings », et le fait est que je ne t’ai jamais vu dans rien d’autre.
Du coup, pardon mais en venant voir « Warcraft », je me réjouissais de te découvrir dans un registre différent, toi dont j’apprécie les qualités de jeu.
Je ne sais pas si c’est parce que tu as aligné ta motivation sur celle de Dominic Cooper, si tu n’en avais rien à carrer de ce film ou si c’est parce que Lothar ça rime avec Ragnar, en tout cas, j’ai été très déçue, George.
Déçue de te voir nous resservir du Ragnar Lodhbrok, de A à Z. Au point que j’en viens à me demander si tu sais seulement jouer autre chose.
Mais bon, si je n’avais jamais vu « Vikings », à mon avis ta prestation serait passée crème.



Carrément plus que celle de Paula Patton, qui ne partage avec le général que le nom de famille. Ce qui ne veut strictement rien dire, les gens.
Comme son jeu, oh ben ça alors !
Notez que je n’ai jamais vu Paula Patton dans autre chose que « Mission : Impossible 4 », ce qui me donne assez peu de recul sur son travail. Qui ici est catastrophique. Or le gros souci quand on surjoue comme une brute un personnage dont le look général est aussi casse gueule que « toute verte en bikini de peau façon Barbarella avec des défenses, des lentilles de contact et des dread », c’est que ça passe mal.


« JE JOUE LA CURIOSITE »

« JE JOUE QUE JE SUIS EMOTIONNEE »

« J’INCARNE L’AMOUR IMPOSSIBLE »

« AGREUGREU »

On sent UN PEU MAIS C’EST SUBTIL qu’elle a tenté d’inspirer son jeu de celui de Zoe Saldana dans « Avatar », mais comment dire… Nope.

De là à dire que Duncan Jones a quelques soucis question direction d’acteurs, il n’y a qu’un pas que je franchis bien aisément, vu que concrètement, tout le monde surjoue ou sousjoue dans ce film. C’est moins évident avec les Orcs qui 1) sont des créatures imaginaires ce qui produit une distance entre eux et nous, 2) sont décrits par leur nature passionnée, ce qui rend sans doute les élans les plus WTF des acteurs plutôt crédibles.

Ceci étant dit, la prestation de Paula Patton m’a vraiment gâché une grosse partie du film. Il est assez rare que cela m’arrive. En général, un acteur qui joue comme une chaussette a tendance à me laisser assez indifférente, mais là, il semble qu’elle aura été le défaut de trop d’un film déjà plein de fragilités.

« Tu veux vwoir la pouissance ? Tu veux vwoir la pouissance ?"

Si un autre élément m’a beaucoup perturbée pendant le visionnage, c’est l’énorme décalage de qualité au sein même de la production.
Tout le monde devrait savoir que ce ne sont pas les graphismes qui comptent, mais lorsqu’un film passe sans transition d’un superbe plan en CGI claquant les bannières de sa classe aux rythmes des rafales de son awesoness, à un autre avec des figurants sapés comme dans un mauvais cosplay, y’a malaise.



Et « Warcraft » est rempli de ces moments. Heureusement, mon honneur de fière combattante de la Horde (ok, j’ai jamais porté très haut la fierté de ma faction sur le champ de bataille, mais le cœur y était. Toujours) est sauf, car côté orc, c’est magique. Vraiment.
Le film a pris le parti, risqué, de conserver la patte graphique des jeux Blizzard, ce qui suppose des personnages disproportionnés, des couleurs vives et des design aussi clinquants que difformes. Tout est là. Tout. De ce côté, on se sent comme à la maison, et le vernis photoréaliste fonctionne bien mieux que je m’y attendais. On sent que Duncan Jones était de la Horde, comme toute la direction artistique du film parce que tout ce qui a trait à l’Alliance sonne en revanche faux. Opposer les deux factions par un style organique chez les uns, supposés être plus bruts, et davantage policé chez les autres, présentés comme plus civilisés, a du sens, mais ici, l’écart entre les deux propositions est tel qu’il ne fonctionne pas.

Côté Alliance, la seule chose qui visuellement soit réellement terrible est la magie. Alors là, les gars, merci parce que tu le sens bien, le déferlement du flot arcanique à chaque incantation. En respectant la charte graphique de Blizzard en la matière et en choisissant de ne pas se montrer timoré face à ces pouvoirs occultes, « Warcraft » propose quelque chose de vraiment spectaculaire rendant justice à ces forces qui sont au cœur des problématiques de l’univers entier. La magie, sous toutes ses formes, est en effet la bénédiction et la malédiction de ceux qui la pratiquent car c’est elle qui attire les démons de la Légion Ardente sur les mondes l’utilisant à l’excès. C’est elle qui finit par les détruire, sous sa forme corrompue. C’est l’ivresse de son pouvoir qui précipite nombre de héros vers leur chute.
C’est un élément essentiel et il est ici parfaitement représenté à l’écran.


"F*** me, I'm famous", par Medivh Guetta

Le seul hic, c’est que la magie est pratiquée par des personnages au charisme discutable :

-Khadgar, le petit mage : il me semble que la version française du film se soit gentiment foirée au niveau de la traduction. Lorsqu’il entre en scène, il explique à Anduin Lothar qu’il a été l’apprenti du Gardien mais lorsqu’il se présente chez ce dernier, il est évident qu’il met les pieds dans Karazhan pour la première fois. Ou alors j’ai mal entendu. Quoi qu’il en soit, Khadgar donne surtout envie de lui pincer les joues puis de lui offrir un gros goûter avant d’aller à dodo. Ce qui n’est pas dramatique en soit, tu peux être un puissant mage ET être choupi comme un enfant de 6 ans.

-Medhiv est très étrangement écrit, à tel point que sa possession semble être une incohérence puis qu’elle parait intervenir seulement à la fin du film, bien après l’appel de la Horde (supposé avoir été émis AVANT le début du film, daffuq).

-et puis il y a ce mec :



Attention les gens, gros bonnet sous vos yeux, v’la l’archimage du Kirin Tor, respect, reprezent Dalaran, wesh les arcanes, big up aux potos de la Citadelle Pourpre, tavu.



Yo, Arthur, roi de Bretagne, reprezent la fiction française, wesh, big up aux potos de Kaamelott, tavu.

Vous voyez un peu le problème ?

Non. Parce que vous n’avez pas vu les Elfes. Si tu trouvais le Thranduil de Peter Jackson caricatural ou Nuala et Nuada trop cartoonesques dans "Hellboy II"…



« On é D elf on a D peruk é D sourssille blan ptdr »

Ahem… Pardon.
Oh et puis en fait non. Pas pardon. Duncan Jones, mon petit, toi, dis pardon s’il te plait. Sérieux, comme tu peux laisser passer ça ? C’est TON film ! Tu ne peux pas laisser s’y promener des Elfes tellement dégueulasses qu’on dirait qu’ils reviennent d’une tournée de bonbons le soir d’Halloween !!!


Fun fact : trouver des images de ces personnages est assez difficile. On se demande pourquoi

Je sais, ces elfes sont tellement anecdotiques que c’est sans doute un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Parce que, mayrde quoi, c’était la race de mon personnage principal, quelque part plus loin dans la time line où une portion fortement significative de ces individus était passée à la Horde.

Accessoirement, foirer le design d’une race à ce point, même si ton temps d’antenne est limité, en dit assez long sur la qualité d’ensemble. Une fois encore, c’est à se demander si Duncan Jones prenait vraiment l’Alliance au sérieux. Je serais une vilaine personne partiale, je dirais que ce traitement grotesque n’est que justice pour une faction qui le vaut bien, mais en mémoire de ces temps premiers où moi, aussi, je créchais dans les auberges de Stormwind, je me contenterai de dire que c’est juste un énorme raté.

Mettez donc dos à dos ces Elfes et ces Orcs, juste pour voir.



Ceci étant dit, cette question purement esthétique n’est rien comparé aux défauts d’écriture du film, qui là encore, souffre de cet étrange décalage, capable de livrer une histoire intéressante et de nous immerger, la scène d’après, dans un dialogue navrant.

« Lok’tar ogar »

« La liberté ou la mort », une citation qui avec « Zog zog » aura marqué l’expérience de tout joueur de la franchise. Et à raison. Les Orcs sont une des forces majeures de l’univers Warcraft. S’ils apparaissent dans le premier jeu comme en opposition aux humains, leur histoire en fait bientôt les victimes d’une manipulation contre laquelle ils lutteront pour reconquérir leur honneur. Les Orcs de Warcraft sont des guerriers, des seigneurs, dont les idéaux deviendront au fur à et à mesure, des enjeux de survie essentiels.

Le meilleur arc du film est donc sans nul doute celui de Durotan, un personnage emblématique de cette lutte entre la Horde chamanique et celle corrompue de Gul’dan, entre les promesses de grandeur et l’humilité de la noblesse d’un peuple tout entier. Durotan cristallise beaucoup d’enjeux, de la reconquête d’un honneur perdu à la préservation de la famille, en passant par la transmission de l’héritage, ou la fidélité à sa nature profonde… C’est lui, le héros tragique, le père déchiré entre son devoir et sa famille, l’ami tiraillé entre les aspirations contradictoires de ses alliés…
Si Anduin Lothar lui offre un pendant logique côté Alliance, son personnage peine à avoir la même densité, le même potentiel émotionnel.


Loups de Givre 4ever

C’est un peu là que le bât blesse aussi. Si le film arrive à construire quelque chose d’authentique côté orc, il peine à en faire de même pour les Humains, ce qui amoindrit les rapports entre ces derniers et leurs agresseurs, Garona, ou Durotan. Ceci prive également de concevoir le personnage du roi Llane comme une figure empreinte d’une grande noblesse (le fait que Dominic Cooper s’en contrefoute n’aide pas non plus), d’autant plus qu’il ne semble jamais contesté dans son cercle restreint dès lors qu’il choisit d’adopter une attitude conciliante avec les Orcs (le personnage de la reine aurait pu être celui de la voix dissidente, mais le scénario en fait une Mary Sue). Sa mort, un acte de profond altruisme y perd alors considérablement en charge émotionnelle.

« Le temps, le temps… Jamais assez de temps… »

« Warcraft » souffre beaucoup de sa profusion de personnages, qui peinent à prendre la place censée leur revenir. Mis en place de manière très simple, pour ne pas dire un peu « voilà, mon p’ti monsieur, j’vous l’pose ici le Orgrim. Après, pour l'détail, c'est pour qui voyez ! », ils ne trouvent jamais vraiment l’occasion d’exister en dehors des besoins immédiats de l’histoire. Orgrim, puisque j’en parle, entre et sort du film sans donner l’impression qu’il fait des choses entre ces scènes. Son personnage n’existe simplement, il n’a d’existence qu’au travers de ceux de Durotan et Gul’dan. Il n’est finalement là que pour illustrer leurs choix, leurs actions. Même chose pour la reine, évoquée plus haut, qui semble de la même manière une émanation de Llane et Anduin Lothar. De là à dire que son rôle a été développé pour un ajouter un personnage féminin dans un film assez pauvre en la matière, il n’y a qu’un pas. Jurisprudence « Tauriel ».



Prenez Moroes à Karazhan, dont l’utilité semble se réduire à sa scène finale, dénuée de tout impact puisque le film n’a jamais construit réellement ses rapports avec Medivh. On sent bien qu’il est supposé être un peu son Alfred, mais la sauce ne prend jamais.

Il ne s’agit pas là que d’une question de durée du film. Bien entendu, cette dernière jouera dans la manière dont seront abordés les personnages secondaires mais c’est davantage d’écriture qui est ici à la peine.

« Warcraft » est un film qui n’a pas su faire de choix. En voulant rendre justice à un univers pour le moins foisonnant, il s’est perdu dans un monde alors qu’on ne lui demandait qu’une chose : bien raconter une histoire.

« Ce monde brûlera !!! »

Je serais plus optimiste que le prince Kael Thas sur le sujet puisqu’il semblerait que « Warcraft » puisse avoir une suite. Seul l’avenir nous le dira.
Le film ayant cartonné en Chine, marché avec lequel Hollywood danse désormais collé serré, l’éventualité d’un retour de la franchise sur grand écran est du domaine du possible.

En attendant, le film tel que présenté (et qui ne connaitra pas de version director’s cut) ne saurait être satisfaisant. S’il brosse le fan dans le sens du poil et pince langoureusement la fibre nostalgique du joueur que l’on est ou a été, « Warcraft » n’en reste pas moins un film déséquilibré, tentant laborieusement de bouffer à tous les râteliers en oubliant que l’essentiel était de raconter une histoire sans s’éparpiller dans des détails superflus.
La subtilité de l’exercice d’adaptation de pareil univers tient en partie dans l’acceptation, nécessaire, que l’on ne pourra pas adapter in extenso l’univers en question. Mieux, il faut accepter de trahir ce dernier afin de pouvoir fonctionner sur un support donné, ici le cinéma, afin d’exister en soi, en tant qu’objet cinématographique.
Le risque premier sera évidemment de déplaire à la fan base, qui peinera à se reconnaitre au détail près dans un univers tordu pour ce besoin essentiel qu’est la narration.
Le bénéfice ultime sera de savoir toucher un public large, conquis par la qualité de l’œuvre, et qui utilisera cette porte d’entrée pour se confronter à un univers nouveau.


Une bonne adresse : l'Abracadabar, allez-y de ma part, c'est pas loin en face de la Citadelle Pourpre

En tant que spectateur, et je dirais même plus, en tant que fan de l’univers, il nous faut aussi apprendre l’humilité face au récit. Ce dernier ne saurait être figé. L’usage de l’écrit et la cristallisation des histoires sur pellicule nous conduit trop facilement à croire qu’une histoire est avant toute chose un canon. Or, ceci n’est un usage que depuis une très courte période de notre histoire. Les récits sont faits pour être tordus, remaniés, pour être adaptés à leurs auditoires, pour répondre aux aspirations de leurs narrateurs. Elles ne sont en aucun cas des constructions figées dans une prétendue perfection ou complétude.
Les histoires ne nous font pas, c’est l’inverse. Elles sont notre reflet. Il est nécessaire de s’affranchir d’une prétendue fidélité à la lettre. Nous l’acceptons volontiers pour certains récits comme la légende arthurienne. Il est temps d’empoigner les autres mythes de la même manière et d’user de cet argile pour nos propres créations.

Note : * « Il faut construire plus de ziggurats »

Commentaires

1. Le mardi 2 août 2016, 11:11 par Melloctopus

J'ai passé un bon moment devant ce film. Parce que j'étais vierge de cet univers, du coup le côté fan-service m'a moins sauté aux yeux (sauf pour le murlok). Mais je suis en grande partie d'accord avec toi : Travis Fimmel est alcoolisé pendant tout le film (on dirait Jason Momoa dans BvS), Dominic Cooper s'en tamponne le coquillard et Paula Patton joue aussi mal qu'un pot de moutarde possédé par une huître !

En revanche, deux points sur lesquels je ne suis pas d'accord : j'aime bien Khatgar, il ressemble à un de mes potes, et c'est l'un des seuls acteurs qui essaie de jouer correctement. Le deuxième point c'est Moroes. Oui le personnage ne sert pas à grand chose, mais comme toujours, Callum Keith Rennie fait le taff, apportant une vraie présence au personnage, et pour le coup j'ai bien ressenti le côté "Alfred". Du coup je me dis que C.K. Rennie ferait un excellent majordome de Bruce Wayne !

Ah et tu m'as bien faire marrer sur les expressions de Garona et Mediv Guetta ! XD

2. Le mardi 2 août 2016, 11:11 par Melloctopus

J'allais oublier aussi le look affreux des elfes, on croirait voir des cosplayers à la Japan Expo !

3. Le mardi 2 août 2016, 11:25 par La Dame

@ Melloctopus : Callum Keith Rennie c'est Leoben 4ever déjà, je l'aime bien aussi, et pour le coup je ne reproche rien à son travail, mais plus à la manière dont tout est amené à Karazhan.
Par contre, question, Jason Momoa joue dans BvS ? Enfin, si je sais qu'il joue dedans, mais c'est tellement rapide que je n'ai pas eu le temps de remarquer qu'il avait les molaires qui baignaient dans le Jack Daniel...
Globalement, j'aurais passé un bon moment aussi, si le film n'avait pas été si déséquilibré. Limite si je ne me serais pas largement contenté du côté orc en fait.

4. Le mardi 2 août 2016, 13:05 par Melloctopus

Oui oui en 15 secondes dans BvS on voit bien que notre bon Jason est aussi confit qu'un chocolat "Mon Chéri" ! XD

5. Le mardi 2 août 2016, 14:45 par De passage

Également vierge de l'univers des jeux vidéos, je suis allée voir ce film néanmoins avec de grandes attentes face à ce que la bande annonce présentait comme une fresque épique heroic fantasy. Peut-être que les éléments de fan service sauvaient un peu le niveau pour ceux qui pouvaient les comprendre mais pour les autres, sans ça, c'était bien pauvre... Ce qui m'a le plus frappée, c'est cette partie de l'intrigue "écrite avec le pied gauche", pour vous citer, entre Medhiv et l'apprentissage de Khadgar à laquelle on ne capte rien et dont personne n'arrive à s'accorder sur les incohérences selon les versions. Même si l'esthétique de l'univers orc claquait, celle des humains, notamment avec leurs accessoires en plastique tout brillants, m'a fait de la peine... et Travis Fimmel a été un copier/collé de son personnage dans Vikings oui, c'était bien triste. Bref, je ne pense pas me déplacer pour voir la suite si il y en a une.

6. Le mercredi 3 août 2016, 10:10 par Run

Vaguement dépucelé de l'univers, j'ai joué à wc2 et 3 il y a bien longtemps et maintenant un tout petit peu à HearthStone. Du coup, des noms et certains éléments me sont familiers mais cela s'arrête là. J'ai apprécié la partie background du billet.

Au final, je l'ai trouvé assez interessant ce film. Il y a beaucoup plus de scénario que ce à quoi je m'attendais.Cet excellent point pour moi. En fait, ça aurait pu même être un bon film.

Les scènes  émouvantes ne fonctionnent pas tellement c'est mal joué (La perte du fils par exemple ne provoque absolument rien).  Le film est trop fourre tout, il aurait énormément gagner à se concentrer sur moins de personnages (On arrive pas à ressentir la moindre choses pour la plupart des personnages), moins de scénes inutiles (le dernier duel est complètement WTF). Je pense que j'irai voir un deuxième en espérant une amélioration des points négatifs.
7. Le mercredi 3 août 2016, 21:25 par Strannik

Ce soir, la Dame nous dit tout sur ses plaisirs coupables vidéoludiques :)

"(si vous vous demandez ce qu’un vaisseau spatial vient faire dans une histoire aves des Orcs et que cela vous choque, c’est que « VOUS N’ETES PAS PRETS »)"

Pas familier des jeux, mais j'avais cru comprendre que Starcraft devait être à la base "des orcs dans l'espace", avant que blizzard ne fasse machine arrière et réaménage complètement le projet en repompant Warhammer 40k pour pallier le manque de temps pour définir un univers original. Ce passage du lore de WoW en est-il une résurgence ?

"Paula Patton joue aussi mal qu'un pot de moutarde possédé par une huître !"

Tente de visualiser le concept... ... ... ... échec.

8. Le jeudi 4 août 2016, 08:20 par La Dame

@ Strannik : même pas coupable en plus !
Concernant Starcraft, je ne peux pas vous répondre, je ne connais pas assez bien cet univers là.

Et je vous rejoins sur le pot de moutarde possédé : ce concept est glorieux !

9. Le lundi 8 août 2016, 10:05 par Nifixe

Je pense que tout est dit, le principal problème c'est l'écart invraissemblable entre les orcs et les humains :
- les orcs sont classes, réalistes, la CGI est a tombé par terre, le perso de Durotan est magistral.
- les humains portent un mauvais cosplay, jouent mal et aucun personnage ne sauve du naufrage l'alliance, dédicace aux elfes et au Kirin Thor lol.
Ce qui est drôle, c'est que tout le monde pensait qu'il serait plus facile d'adapter l'Alliance à la Horde à cause du look cartoon, mais en fait c'est tout le contraire. La horde bien que fidèle au jeu à eu un polish de réalisme pour les rendre crédibles, l'Alliance a gardé la pate cartoon armure brilliante en carton du jeu ce qui est une catastrophe sur des vrais acteurs. Je pense sérieusement qu'un film entièrement en CGI serait mieux passé au final plutôt que de mélanger les deux. Mais bordel Duncan Jones n'aurait pas pu regarder le seigneur des anneaux de Jackson et s'inspirer de Minas Thirith pour comprendre comment rendre une cité fantaisiste et des armures clinquantes réalistes pfff. Et ces acteurs de merdes... et ces hauts elfes lol.

Pour avoir été au cinéma avec un non joueur, il y a plein de chose qu'il lui était incompréhensible : le kirin Thor (et le cube lol), heu pourquoi Medivh est méchant et se transforme (c'est quand même super important), pourquoi Garona est traité comme de la merde par son peuple (a force de faire passer les Draenei comme un élément de fan service aussi...)...

cela aurait pu être tellement mieux. Au passage ils ont voulu trop suivre le jeu vidéo (respect pour les fans tout ça tout ça) mais il arrive quand même à détruire le Lore, c'est beau. Massacre des personnages de Garona (toute gentille en mode in love de Lothar sérieux, à la place de l'espionne et amante de Medihv a ces heures perdues) et Khadgar (apprenti magicien vraiment) notamment, je ne parlerais pas de Main Noire où d'Orgrimm qui sont mis au troisième plan pour parler de divergence, où des éléments que tu as déjà soulevé commeDalaran volant really (bordel il n'y a pas que world of warcraft il y a eu trois jeux avants sniff) ou le cube avec la mauvaise personne...

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet