janvier 2008

22 janv. 2008

Des milliards de tapis de cheveux.

Dans un soucis de ne pas laisser ce blog s'endormir de trop, j'ai pris une grande décision, j'exhume d'anciens billets de mon ancien blog (peut être faut il y voir l'influence de "Six Feet Under", dont je vais vous critiquer la saison 1 sous peu (parce que c'est une tuerie, tout simplement, sans jeu de mot foireux)).

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21 janv. 2008

Starship Troopers : « La douleur, c’est dans la tête ! »


Paul Verhoeven est trop fort. Non c’est vrai, quand on voit « Starship Troopers » on ne peut être convaincu que d’une chose : son immense talent. Déjà parce que ce film a dix ans d’âge et ne semble pas avoir pris une ride : kitsch assumé mais pas cheap, effets spéciaux tenant la route, maquettes faisant penser aux premiers Starwars (un détail qui fait plaisir), discours encore d’actualité (limite visionnaire puisque l’attaque de Buenos Aires et les réactions qu’elle provoque renvoient à un 11 septembre qui à l’époque du film n’avait pas encore eu lieu. Totalement fortuit, mais terriblement juste).

Ensuite parce que « Starship Troopers » est à lui seul un mémorial à la gloire du second degré, une parodie intelligente, une charge ultra violente et archi pertinente contre le militarisme en général et les Etats-Unis bellicistes en particulier.

Verhoeven nous raconte donc les destins de quatre étudiants, purs produits de la Fédération, société ultra-militariste, qui leurs études finies décident de s’engager dans l’armée pour y accomplir leur service contre les parasites, créatures insectoïdes qui menacent la Terre depuis l’autre côté de la galaxie. Tous rêvent de servir l’humanité, de devenir des héros, mais aussi d’accéder au statut de citoyen que l’on n’obtient que par le service actif. La tête bourrée d’images d’Epinal et de beaux discours préfabriqués, ils déchantent bien vite face à la réalité de la guerre…

« Starship Troopers » puise avant tout son succès dans le côté immersif de l’univers proposé. On suit les héros de leur engagement à leurs premières armes sans que rien ne nous soit jamais réellement expliqué, procédé qui force le spectateur à analyser ce qu’il voit (les inserts de spots publicitaires et d’extraits des actualités renforcent encore ce travail), à en tirer des conclusions et à se faire sa propre idée (et voilà en soit une très belle leçon de cinéma…).

Là-dessus s’enchaînent les scènes outrées, les images kitsch (la première partie du film est un vrai cas d’école), les bons sentiments exagérés, le tout dynamitant allègrement toute une imagerie de films de guerre dont nous sommes tous abreuvés (Verhoeven connaît ses classiques et maîtrise parfaitement son art, ce qui reste la seule façon de bien le démonter, seconde leçon de cinéma).

J’ajouterais que le scénario multiplie avec malice les non-dits créant un malaise certain lorsque l’on commence à se poser des questions :

-qui a commencé la guerre ?

-pourquoi les arachnides attaquent-ils ?

-comment les humains sont-ils venus dans leur système et surtout dans quel but ?

-la Fédération n’aurait-elle pas intérêt à entretenir le conflit, l’armée étant la base de son pouvoir ?

-comment les insectes font-ils pour envoyer les astéroïdes alors même qu’ils n’ont pas de technologie spatiale ???

Le résultat de cette somme de questions sans réponse est que l’on se prend à ne plus sourire de cette société carrément totalitaire mais plus du tout risible (surtout pas lorsque paraissent les stratèges sapés comme des SS…), malgré l’emballage chic et choc censé faire passer la pilule.

On remarque d’ailleurs rapidement qu’entre les spots d’actualité insérés comme des pastilles et les scènes du film à proprement parler, la facture est similaire. « Starship Troopers » devient alors un vrai faux film de propagande illusoirement à la gloire du militarisme mais si subtilement vitriolé qu’il s’impose comme un vrai chef d’œuvre subversif dont la force du discours se renforce d’elle-même par l’actualité brûlante, et ce malheureusement, on a envie de dire…

Note : ***

10 janv. 2008

La Passion selon Juette, de Clara Dupont-Monod.

Juette est une jeune fille du Huy, dans le nord de la France. Elle est maigre, plutôt jolie malgré tout, enfant de notable, donc riche, inculte mais instruite et surtout dotée d’une certaine intelligence, une clairvoyance et un libre arbitre totalement contre nature dans ce XIIème siècle où une femme jeune, jolie et notable se doit de se plier aux rituels et aux convenances. Le symbole de ce carcan, l’Eglise, va bientôt devenir le coupable pour Juette qui se pose décidément bien trop de questions…

Si de façon générale le nom de Juette ne dit rien à personne, lorsque l’on a bouffé de l’histoire médiévale en intra veineuse et que l’on au eu droit à un cours consacré aux mystiques avec une prof morte de rire qui raconte les extases pliée en deux, Juette, forcement, çà ravive des souvenirs. Elle est donc ce que l’on appelle communément une sainte laïque. Immensément populaire de son vivant, Juette de Huy avait fondé un ordre de femmes dont les mots d’ordres étaient de renoncer au corps et au mariage, basant ces préceptes sur les propres névroses de la fondatrice, traumatisée par son mariage et les hommes en général. Déboulant sur la scène publique en pleine tempête cathare, Juette échappe aux tribunaux ecclésiastiques par miracle, et finira sa vie recluse, enchaînant les visions et dialogues avec le Christ et la Vierge, qui lui donnent une clairvoyance toute particulière pour détecter le pêcher chez les autres. Militant également pour une foi sans intermédiaire (donc sans clergé), Juette crée un véritable contre pouvoir à l’Eglise qui, à sa mort, se battra contre sa canonisation et la fera sombrer dans l’oubli. C’était sans compter sur un clerc, Hugues de Floreffe, un des nombreux ami de Juette, qui à la demande de son père supérieur (Jean de Floreffe… Je sais, je sais…), écrit une hagiographie basée sur ses discussions avec elle et donc son ressenti. Le texte nous est parvenu et a entre autre, épaté Georges Duby (un très grand historien médiéviste).

Juette, vous l’aurez compris, de part sa personnalité particulière, est une manne pour écrivain. Peut être même surtout pour écrivain sachant décrire la folie. Ce qui fait de Clara Dupont-Monod l’auteur le mieux indiqué pour s’atteler à la tâche. Déjà brillante dans « La Folie du Roi Marc », vision de Tristan et Iseult par le mari trompé, elle récidive dans ce portait à deux voix qui dialoguent par chapitres interposés (Juette et Hugues) disséquant ainsi les constructions mentales d’une héroïne fragile sautillant sur un pied au bord du précipice. Sous sa plume, Juette plie sans se briser, se fracasse contre les murs, se relève, et recolle les morceaux tout à l’envers, pour mieux se reconstruire. Clara Dupont-Monod n’oublie pas de l’inscrire dans un contexte d’effervescence religieuse, autant les cathares étendant leur influence, que les mouvements de femmes qui se dressent contre la toute puissance des hommes. Juette n’est pas un phénomène isolé, mais sa folie douce la met bien en marge. Cette folie qui, aussi étrange que cela puisse paraître, la protège, parce qu’elle la rend terriblement sincère.

« La Passion selon Juette » décrit la solitude de Juette, parfois de circonstance, mais toujours parce que sa différence la place en marge du reste du monde, quand bien même elle tente d’y entrer. Juette ne se sent bien qu’au milieu des exclus, dénonce les fautes des autres seule, ne trouve la paix que dans un dénouement extrême mais logique, s’enfermant dans sa tour d’ivoire. Juette se débat pour préserver son enfance, ses histoires de chevalerie qu'elle aime tant, elle se révolte des choix que l'on prend pour elle, souffre, se réveille, et enfin, se retrouve en prenant sa vie en main, en choisissant sa voie.

Magnifique portrait romancé, géniale introspection, « La Passion selon Juette » est une œuvre hypnotique, au style remarquable, et dont le moindre des mérites est de ressusciter une figure oubliée depuis le XIIème siècle.

Note : ***

04 janv. 2008

"Je suis une Legende", Richard Matheson.

Los Angeles, quelques mois après qu’une terrible épidémie se soit abattue sur la cité des anges, Robert Neville vit seul dans sa petite maison. Il poursuit son train-train quotidien, réparant ses volets, inspectant sa voiture, consultant régulièrement sa montre. Car Robert attend quelque chose, ou plutôt quelqu’un. A la tombée de la nuit, il s’enferme chez lui, et c’est alors que son visiteur nocturne survient, et lui demande de sortir. Sauf que Neville ne sortira pas. Car il est le dernier homme sur Terre et ceux qui l’attendent dans son jardin ne veulent qu’une chose : goûter son sang.

Publié en 1954 (mais la modernité du texte ne le laisse jamais supposer), « Je suis une Légende » offre une vision du vampirisme quasi contre nature. La tradition veut que l’on traite du vampire, monstre isolé dans une univers peuplé d’hommes, or voici que Richard Matheson décrit exactement l’inverse, à travers le regard d’un personnage dont l’évolution psychologique complexe contribue à la force d’un final renvoyant l’humanité à sa relativité (celle de Neville, celle des autres, celle de l’homme confronté à lui-même).

Neville, hanté par le souvenir de sa famille perdue, survit tant bien que mal dans un environnement hostile, rythmant ses journées entre la recherche de moyens de subsistance et le nettoyage systématique des caches où stasent les vampires. Rendu fou par la solitude, Neville boit, se maltraite, se met en danger, sans jamais se résoudre à en finir. Mu par un instinct de survie plus fort que tout, il tente même de mieux comprendre son ennemi, lequel bascule progressivement hors du domaine de la légende pour entrer de plein pied dans la réalité. Ainsi, les premières sources de renseignement à leur sujet que traque Neville sont les livres de Bram Stoker et autres visions romancées du vampirisme. Puis, parce que le phénomène échappe au légendaire, Robert Neville décide d’étudier scientifiquement ces autres afin de mieux les détruire.

L’ouvrage s’articule finalement autour de la question des points du vue, de la perception que l’on peut avoir de l’autre et du basculement progressif d’un univers à l’autre.

Même si le final se révèle d’une force peu commune, impossible pour moi d’en parler ici, au cas où traîneraient des lecteurs potentiels dans les parages. Simplement, ces dernières pages valent à elles seules de déplacement vers ce petit livre, à classer parmi les grands.

Note : ***